Face aux événements qui ne perdent pas leur souffle, nous, au Canada sommes plutôt à l’abri des expressions d’indignation de la part de quelques musulmans de par le monde. Ce n’est pas une surprise, puisque la presse canadienne - ce journal inclus - s’est massivement autocensurée au nom de la tolérance et du « politiquement correct ». L’argument veut que, privés de la possibilité d’examiner l’arme du crime, nous ne puissions en tant que Canadiens délibérer et juger pour nous-mêmes du bienfondé des accusations que se lancent les deux belligérants – la presse et la piété religieuse de l’Islam.
D’un côté, nous avons la croyance des sociétés occidentales, largement laïcisées, où la liberté – de culte, de style de vie, d’expression, etc. – est annoncée comme la valeur primordiale à respecter. De l’autre, nous avons une communauté de foi qui est doublement offensée de la représentation par des infidèles de leur Prophète. Mais, dans les coulisses, nous avons ceux qui se servent de ces deux camps adversaires pour avancer leurs propres causes, en nourrissant les flammes de chacun. Car, si la liberté de presse est proclamée, elle n’est pas exercée de manière neutre. Tout journal (et ceci est valide pour toutes formes de médias) exerce la liberté de dire ce qui l’ arrange. L’objectivité de la presse n’existe que dans le sens de faire passer ses idées, ses valeurs avec des arguments et des faits qui ne sont qu’à moitié objectifs puisqu’ils sont interprétés par le journaliste ou son rédacteur-en-chef. De ce fait, on ne peut,
Citation : L’objectivité de la presse n’existe [...]qu’à moitié puisque [les articles] sont interprétés par le journaliste ou son rédacteur-en-chef
nous, occidentaux, prétendre que la liberté de presse est sacro-sainte, on ne peut en faire une religion.
De même, amis musulmans, dans le contexte de sociétés libres, où vous pratiquez vos croyances en toute liberté (ce qui n’est pas toujours le cas dans les pays dont vous venez, ni pour vous ni pour les non-musulmans) : si vous vous croyez offensés, vous avez raison de l’être, parce que c’est dans vos droits. Mais on ne peut pas imposer ses vues sur les autres, qu’on soit musulman ou pas. Vous vous sentez bafoués car votre Prophète a été dessiné. Mais peut-être vous sentez-vous doublement insultés par l’amalgame qui a été fait entre l’Islam et le terrorisme. Cet amalgame est fait aussi par ceux qui se disent de l’Islam. Quand on ne distingue plus entre les journalistes et caricaturistes d’une part, et Danois, Norvégiens, Suédois et Chrétiens du Liban d’autre part, fait par les participants des récentes émeutes, on devient coupable du crime dont on accuse des Occidentaux islamophobes. La mort d’enfants, de femmes et hommes innocents qui est souvent exécutée au nom de Dieu par toutes sortes de fanatiques, qu’ils soient islamistes, chrétiens ou juifs n’est pas justifiable. Le Dieu, que les trois confessions partagent, si on admet qu’il existe, est certainement écœuré des crimes commis en Son nom, hier, aujourd’hui ou demain. C’est là le message des caricatures, qui risque d’être perdu dans la confusion présente.
l’Organe magazine, Montréal