Comment une canne recyclée, quelques produits chimiques, du papier photo et beaucoup de volonté peuvent-ils aider à briser les barrières culturelles séparant le Nord et le Sud ? Patrick Dionne et Miki Gingras travaillaient déjà avec les milieux marginalisés il y a six ans. Au hasard d’un voyage au Mexique à la frontière étatsunienne, les artistes rencontrent un passeur d’immigrant illégaux vivant dans un bidonville qui recycle tout et rien. D’un coup, l’idée de la camera obscura faite d’objets recyclés apparaît et les bases du projet Diasol sont jetées. Ces deux irréductibles alter mondialistes voyageant en Westfalia ont amené leur atelier de production photo du Mexique au Nicaragua en passant par la zone 18 du Guatemala.
Avec des caméras « selfmade » ils permettent aux jeunes d’Amérique du Sud de photographier leur réalité. Pour développer le travail ils installent sur place une chambre noire de fortune qu’ils laisseront entre les mains d’un responsable local qui perpétuera le projet. « Nous cherchons à pousser la subjectivité au maximum » explique Patrick Dionne, co-fondateur de Diasol. Au Nicaragua, 50% de la population a moins de 18 ans… trente ans de guerre ça use. Les enfants sont le support financier de la famille et doivent abandonner l’école pour travailler. « En organisant des ateliers avant l’école, nous aidons les jeunes à retrouver leur concentration » raconte Dionne.
L’exposition Humanidad est le résultat du travail photographique des enfants du Nicaragua. « Le tout s’insère dans une démarche utile visant à briser l’uniformisation des cultures. Nous présentons une culture marginale du sud aux citoyens du nord et vice-versa » révèle Miki Gingras, co-fondatrice de Diasol. Tenue à l’Écomusée du fier monde construit à même l’ancien bain municipal public Généreux coin Amherst et Ontario, l’exposition fait belle figure dans ce lieu dédié à l’histoire du milieu industriel et ouvrier.
Exposé de façon sobre sur des murs blancs et sans cadre, les photos noir et blanc grand format des enfants travailleurs dégagent une qualité documentaire. La camera obscura devant être fixe lors de la prise d’image, plusieurs photos sont prises au niveau de sol. L’absence de composition en profondeur élaborée, de points de fuite ou de flous esthétiques, bref de dispositifs esthétiques travaillés, donne une impression de véridicité : reste la photo dénudée de tout apparat qui ne rend que ce qu’elle voit avec un minimum de manipulation. Un peu à la manière du cinéma direct, cette photographie d’observation se veut plus près du réel, enlevant l’intermédiaire qu’est la lentille. Éloignée de l’approche journalistique d’exploitation visuelle de la misère, ces photos nous montrent des parcelles de lieux, portrait incomplet d’une réalité complexe et lointaine. Regroupées par thèmes, l’assemblage par section est appuyé par des textes non censurés écrits par les enfants lors des ateliers d’écriture que Diasol donne sur place. Se voulant d’abord éducative plus qu’esthétique, Humanidad révèle un aspect de la fracture nordsud par le point de vue des gens qui la vive au quotidien. Voilà où réside le génie de la chose, et l’exposition transmet bien le désoeuvrement mais aussi l’espoir.
L’exposition Humanidad se tient jusqu’au 14 mai 2006 à l’Écomusée du fier monde, 2050 rue Amherst coin Ontario.
Pour contacter Diasol : diasol_patmiki yahoo.ca
l’Organe magazine, Montréal