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LE ROACH QUI SE BAT AVEC LAPIERRE

dimanche 25 janvier 2009, par Pascale Gauthier-Dionne

C’est « pour ouvrir les yeux du monde » qu’Éric « Roach » Denis s’est présenté aux élections du 23 janvier dans Outremont. Le vainqueur dans sa circonscription ? Jean Lapierre, le lieutenant de Paul Martin au Québec. Roach a obtenu 78 voix. Pascale Gauthier-Dionne s’entretient avec le punk-cinéaste co-réalisateur du documentaire S.P.I.T.

Le royaume de la politique nous semble fermé, une sphère planant au-dessus du peuple, jetant de vagues coups d’oeil de temps à autre, le regard voilé par le nuage de politicailleries et de batailles de cour d’école qu’ils se livrent entre eux : « J’pense que le peuple est désillusionné, il en devient apathique pis cynique. « J’me suis dit : aussi ben y aller, représenter l’apathie et l’écœurement !  » Alors Éric « Roach » Denis y est allé : il s’est présenté en tant que candidat indépendant dans la circonscription d’Outremont. Geste de provocation, empreint d’un certain sarcasme, geste pour éveiller les consciences,

« Tout c’que j’fais en fait, c’est vraiment po ur ouvrir les yeux du monde [...] je vo ulais montrer un côté un peu oublié dans la circonscription qui est la pauvreté. J’me suis dit que je devais aller mettre des bâtons dans les roues à Jean Lapierre »

mais surtout geste concret, car celui que nous avons connu sous le nom de Roach est de l’espèce de ceux qui agissent. Ce même Roach, ce punk squeegie vedette et co-réalisateur du film cinévérité S.P.I.T - Squeegie Punk In Traffic et qui depuis les bonnes œuvres de la EyeSteel Film, maison de production donnant dans ce qu’on a déjà appelé le « macadam cinéma ». « Pas besoin d’être député pour faire de la politique ! » lui a d’ailleurs dit Falardeau, cet autre monstre de conviction et de vocation.

« Tout c’que j’fais en fait, c’est vraiment pour ouvrir les yeux du monde : que ce soit mes films, ma candidature [...] C’est sûr que je voulais montrer un côté un peu oublié dans la circonscription qui est la pauvreté. J’me suis dit que je devais aller mettre des bâtons dans les roues à Jean Lapierre - qui d’illeurs a été élu - j’vais aller dire vraiment c’qui s’passe dans la circonscription ! » Alors les médias invitent le candidat marginal à leurs émissions, parce que c’est la curiosité du moment, que cela fait du divertissement dans une campagne qui ennuie, et on se rend compte finalement qu’il a des choses à dire. Il a un message à livrer et surtout il sait de quoi il parle. Roach a joué les voleurs de vedettes, bénéficiant d’un intérêt médiatique qui accote sans problème celle du favori d’Outremont, ce Jean Lapierre. La campagne a donc été une occasion de tribune pour ses idées, par sa cause, au-delà d’une course au poste de député. Le regard intelligent, le propos affirmé, un look qui bien sûr en impose et une verve à toute épreuve, Éric Roach connaît bien la politique. Ses opinions se fondent toujours sur des arguments dont il n’est pas avare. Il prône certains changements selon lui indispensables, tel un scrutin en mode de vote proportionnel. Il prône des valeurs socialistes, qu’il juge plus réalistes que son rêve d’anarchie « pas concevable vu la nature humaine ». Cet intérêt pour la politique, pour cette implication sociale, lui viendrait très certainement de la musique punk selon lui, de la mentalité particulière qu’elle véhicule, qui crie les injustices et gueule les lacunes d’une société qui trop souvent se fout la tête dans le sable. Ce n’est pas aveuglement ou par simple amour de la révolte que Roach a choisi de s’insurger. « J’ai toujours voulu savoir contre quoi j’me battais. Pour savoir contre quoi tu te bats, faut que tu le comprennes ! »

Roach tente de faire comprendre que les plus lésés par le système sont ceux que l’on entend le moins, qui ne décident rien. C’est pour cette raison qu’il s’est d’ailleurs longtemps battu à faire sortir le vote des itinérants, qu’il a donné des conférences chez Pop, notre « Bon Dieu en caravane  », ainsi que des ateliers pour apprendre comment voter au monde de la rue. Bien souvent il a justifier l’importance de voter à ces jeunes et moins jeunes qui se dissocient d’une société qui trop souvent le leur rendent bien. L’avenir, celui d’Éric Roach, nous le devinons bien rempli, bien entouré de ses amis et partenaires qui lui sont indispensables. D’abord, il a un film à terminer  : celui relatant son entrée en politique aux dernières élections, ses démarches et ses constats, le tout dans une visée à la fois éducative et dénonciatrice, à la saveur de son réalisateur, bien entendu. Déjà acheté par Astral Média, Canal D espère nous faire découvrir ce documentaire à la fin de l’été ou à l’automne. Attendons- nous aussi à la naissance d’un nouveau parti politique au provincial : Éric Roach Denis annonce « un parti sérieux, avec un vrai programme. »

Certains médias y verront sans doute encore une occasion de divertissement sur la grise scène de la politique. Roach et ses partenaires profiteront sans doute une fois de plus au maximum de cette « tribune pour les idées » que peuvent devenir ces médias.

Suggestions :

www.spit.ca www.eyesteelfilm.com

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