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Bible, messe et Rock’n’Roll

Il y a du rock à la messe...

vendredi 1er février 2008, par Gabriel Dufour

Longtemps considéré comme la musique du diable, le rock s’impose aujourd’hui dans le château fort même de ses plus farouches opposants : le Vatican. Par l’intermédiaire d’une variation, il fait désormais partie prenante de la vie religieuse dans le monde entier. Devant la nouvelle attitude adopté par le Vatican envers le rock, ennemi juré des pieux durant les années soixante, la question se pose : que s’est-il passé ?

Le rock chrétien est un phénomène en pleine effervescence. Ce courant musical originaire des État- Unis ne cesse de croître et d’étendre son influence, notamment en Europe où_ les groupes de rock, d’obédience chrétienne, prennent de plus en plus de place sur le marché de la musique. En 2003, ce genre musical occupait 20% du marché états-unien, et bien que cette influence ne soit pas aussi puissante outre atlantique, le phénomène prend de l’ampleur. Bien que ce style soit très peu présent dans la musique québécoise, il n’en reste pas moins qu’il a su se tailler une place au sein de notre culture, qu’on s’en soit aperçu ou non ! L’influence culturelle sur le monde de nos puissants voisins étant ce qu’elle est, il ne pouvait en être autrement, proximité oblige ! C’est par la plume de géants de la musique tels que U2, Creed, Kansas, ainsi que Los Lonely Boys (How far is heaven), notamment que le rock chrétien se propage à travers le monde. Le niveau de « chrétienté » du rock variant d’un groupe à l’autre, ils n’en sont pas moins tous des représentants des Saintes Écritures dans leurs paroles de chansons.

c’est une question de combat et d’incarnation  : livrer le combat pour Dieu, sur le terrain du diable.

Rock et chrétienté enfin réunis sous une même culture… étrange ? Peutêtre, ou peut-être pas si l’on suit l’avis de Jean-Guy Vaillancourt, professeur au département de Sociologie à l’Université de Montréal. Selon lui, le rock est en proie au phénomène de récupération des arts par la religion. Une vieille pensée philosophique clamant que le bon, le bien et le beau représentent la même chose serait à l’origine de ce phénomène qui ne date pas d’hier, selon le professeur. La religion se sert de la musique pour les différentes processions religieuses, comme l’affirme M. Vaillancourt « la prière se fait chant  », et ce depuis très longtemps. Cependant, certains styles furent diabolisés par les croyants - comme le rock- pour des raisons de morale ainsi que d’esthétisme. Pensons à Elvis Presley, dépeint par ses détracteurs comme le malin incarné, ou Black Sabbath, qui était
- peut-être un peu volontairement... - associé au satanisme. Pourquoi vouloir alors s’associer à ce courant électrisant pour prier Dieu ? Pour le spécialiste des religions qu’est M. Vaillancourt, c’est une question de combat et d’incarnation  : livrer le combat pour Dieu, sur le terrain du diable. Bon, le rock n’est pas considéré comme un terrain diabolique, mais bien comme un espace perverti et non perdu. C’est que le rock dégage une puissance énergétique que peu de styles possèdent, ainsi qu’un grand marché ; et s’il est vrai que Dieu s’incarne en toutes choses, il doit bien le faire dans le Rock aussi, argument que tous ne partagent pas. Sur le site religieux La colombe de feu (http:// colombe.quebec-en-feu.com/), on peut trouver une critique haineuse de ce mouvement artistique. L’auteur de la réflexion ne peut même pas concevoir que l’on puisse associer les deux termes sans commettre un blasphème. Il va même jusqu’à affirmer que le rock a «  perturbé et anéanti toute une génération  », et « en a rendu fou plus d’un ». Quoiqu’on pense de ces critiques, elles représentent un courant réactionnaire bien présent qui explique peut-être le problème de l’Église à se faire entendre des jeunes générations. Justement, un jeune musicien chrétien que j’ai rencontré m’a expliqué que pour lui, la musique représente un moyen d’exprimer un état d’âme, et que si le rock correspond à un état d’âme ressenti par un individu, pourquoi ne pas l’exploiter et d’y ajouter une touche chrétienne si tel est son désir ? Il ajoutera de plus que « l’homme est spirituel et que la musique l’est tout autant ». Ce n’est seulement qu’un moyen de passer un message ou de s’exprimer, car il ne faut pas oublier non plus qu’effectivement, le mouvement est encouragé par le Vatican, puisqu’il représente un nouveau marché pour le passage du message chrétien. C’est une nouvelle voie d’évangélisation, comme le mentionne le Dr. Vaillancourt lors de l’entrevue. C’est de dire que l’Église s’adapte à son temps afin de prospérer, c’est Vatican II à l’œuvre.

Récupération du marché ? Besoin de s’exprimer ? Peut-être un peu tout cela à la fois. Comme la musique est partie prenante de la religion, il est tout simplement normal qu’après une attitude réactionnaire envers le rock, l’Église ait dû revoir ses positions. Est-ce que «  satanisme » rime nécessairement avec «  tonnes de décibels » ? À cette question, il peut-être toujours pertinent de répondre que l’important n’est peut-être pas de savoir quoi, mais comment.

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