Le rock chrétien est un phénomène en pleine effervescence. Ce courant musical originaire des État- Unis ne cesse de croître et d’étendre son influence, notamment en Europe où_ les groupes de rock, d’obédience chrétienne, prennent de plus en plus de place sur le marché de la musique. En 2003, ce genre musical occupait 20% du marché états-unien, et bien que cette influence ne soit pas aussi puissante outre atlantique, le phénomène prend de l’ampleur. Bien que ce style soit très peu présent dans la musique québécoise, il n’en reste pas moins qu’il a su se tailler une place au sein de notre culture, qu’on s’en soit aperçu ou non ! L’influence culturelle sur le monde de nos puissants voisins étant ce qu’elle est, il ne pouvait en être autrement, proximité oblige ! C’est par la plume de géants de la musique tels que U2, Creed, Kansas, ainsi que Los Lonely Boys (How far is heaven), notamment que le rock chrétien se propage à travers le monde. Le niveau de « chrétienté » du rock variant d’un groupe à l’autre, ils n’en sont pas moins tous des représentants des Saintes Écritures dans leurs paroles de chansons.
c’est une question de combat et d’incarnation : livrer le combat pour Dieu, sur le terrain du diable.
Rock et chrétienté enfin réunis sous
une même culture… étrange ? Peutêtre,
ou peut-être pas si l’on suit l’avis
de Jean-Guy Vaillancourt, professeur
au département de Sociologie à l’Université
de Montréal. Selon lui, le rock
est en proie au phénomène de récupération
des arts par la religion. Une
vieille pensée philosophique clamant
que le bon, le bien et le beau représentent
la même chose serait à l’origine de
ce phénomène qui ne date pas d’hier,
selon le professeur. La religion se sert
de la musique pour les différentes processions
religieuses, comme l’affirme
M. Vaillancourt « la prière se fait chant
», et ce depuis très longtemps. Cependant,
certains styles furent diabolisés
par les croyants - comme le rock- pour
des raisons de morale ainsi que d’esthétisme.
Pensons à Elvis Presley, dépeint
par ses détracteurs comme le malin
incarné, ou Black Sabbath, qui était
peut-être un peu volontairement... -
associé au satanisme. Pourquoi vouloir
alors s’associer à ce courant électrisant
pour prier Dieu ? Pour le spécialiste des
religions qu’est M. Vaillancourt, c’est
une question de combat et d’incarnation
: livrer le combat pour Dieu, sur
le terrain du diable. Bon, le rock n’est
pas considéré comme un terrain diabolique,
mais bien comme un espace
perverti et non perdu. C’est que le rock
dégage une puissance énergétique que
peu de styles possèdent, ainsi qu’un
grand marché ; et s’il est vrai que Dieu
s’incarne en toutes choses, il doit bien
le faire dans le Rock aussi, argument
que tous ne partagent pas. Sur le site
religieux La colombe de feu (http://
colombe.quebec-en-feu.com/), on peut
trouver une critique haineuse de ce
mouvement artistique. L’auteur de la
réflexion ne peut même pas concevoir
que l’on puisse associer les deux termes
sans commettre un blasphème. Il va
même jusqu’à affirmer que le rock a «
perturbé et anéanti toute une génération
», et « en a rendu fou plus d’un ».
Quoiqu’on pense de ces critiques, elles
représentent un courant réactionnaire
bien présent qui explique peut-être le
problème de l’Église à se faire entendre
des jeunes générations. Justement,
un jeune musicien chrétien
que j’ai rencontré m’a expliqué que
pour lui, la musique représente un
moyen d’exprimer un état d’âme, et
que si le rock correspond à un état
d’âme ressenti par un individu,
pourquoi ne pas l’exploiter et d’y ajouter
une touche chrétienne si tel est son
désir ? Il ajoutera de plus que « l’homme
est spirituel et que la musique l’est
tout autant ». Ce n’est seulement qu’un
moyen de passer un message ou de s’exprimer,
car il ne faut pas oublier non
plus qu’effectivement, le mouvement
est encouragé par le Vatican, puisqu’il
représente un nouveau marché pour le
passage du message chrétien. C’est une
nouvelle voie d’évangélisation, comme
le mentionne le Dr. Vaillancourt lors
de l’entrevue. C’est de dire que l’Église
s’adapte à son temps afin de prospérer,
c’est Vatican II à l’œuvre.
Récupération du marché ? Besoin de s’exprimer ? Peut-être un peu tout cela à la fois. Comme la musique est partie prenante de la religion, il est tout simplement normal qu’après une attitude réactionnaire envers le rock, l’Église ait dû revoir ses positions. Est-ce que « satanisme » rime nécessairement avec « tonnes de décibels » ? À cette question, il peut-être toujours pertinent de répondre que l’important n’est peut-être pas de savoir quoi, mais comment.
l’Organe magazine, Montréal