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Et Dieu légitima l’oppression...

Les sionistes ne sont pas tous juifs

vendredi 1er février 2008, par Amine Dabchy

Bien que l’objectif des « sionistes chrétiens » ne soit pas le même que celui des sionistes juifs, ce courant de pensée représente un soutien fervent aux sionistes religieux les plus radicaux pour la fondation du « Grand Israël » c’est-àdire Israël dans ses frontières bibliques, incluant les territoires palestiniens, voire une partie de l’Irak et de l’Égypte.

La décision du gouvernement d’Ariel Sharon de se retirer de la Bande de Gaza en 2005 a été très mal perçue par les sionistes chrétiens, qui y voient la destruction d’un projet devant permettre le retour de Jésus Christ.

Un des pasteurs connus de la droite religieuse américaine, Pat Robertson, a ainsi sous-entendu le 6 janvier 2006 dans son émission The 700 Club, sur Christian Broadcasting Network (CBN), que l’accident vasculaire cérébral d’Ariel Sharon était une vengeance divine contre le retrait de Gaza :« Dieu éprouve de l’hostilité à l’égard de ceux qui divisent Sa terre [...] Et à chaque Premier ministre d’Israël qui décide de la découper et d’y renoncer, Dieu dit : ‘Non, ceci est Mien’. Ariel Sharon divisait la terre de Dieu ».

Cette attitude explique que les sionistes chrétiens soient aux États-Unis hostiles à toute intervention américaine en faveur de négociations israélo-palestiniennes. L’attitude assez « neutre » en la matière de l’administration républicaine depuis 2001 leur est parfois partiellement attribuée.

C’est souvent dans ce même registre que s’inscrivent les différents discours évangélistes. En effet, c’est David Frog, président de la fédération chrétienne sioniste, qui a lancé l’expression « douleurs de l’enfantement » à propos du remodelage du Grand Moyen-Orient. Une expression désormais reprise par Condoleezza Rice afin que les évangélistes adhèrent à la politique néoconservatrice. « Israël fait notre travail et œuvre pour les peuples libres. Ses ennemis sont les mêmes ennemis que ceux des États-Unis. Il s’agit d’une bataille qui s’inscrit dans une guerre plus large, celle contre la civilisation judéo-chrétienne des forces du Bien contre celles du Mal. […] Israël est en première ligne dans la guerre contre le terrorisme et nous ne pouvons que le soutenir », déclarait David Brog à l’AFP.

Historiquement, le sionisme est un phénomène chrétien bien avant d’être juif. Les sionistes chrétiens croient former un second peuple élu et pensent que leur destin est lié à celui du peuple juif. Pour eux, le retour du Christ ne surviendra pas avant que les juifs ne se soient regroupés en Palestine. Pour hâter la fin des temps, ils doivent donc recréer un État pour les Juifs.

Pour certains sionistes chrétiens, la renaissance de l’État d’Israël en 1948 est le premier acte du processus menant à la dite Fin des Temps. Cette croyance est le principal ressort du soutien de la droite chrétienne américaine à Israël et plus encore aux colonies israéliennes dans les territoires occupés.

Au cours de la guerre des Six jours en 1967, Israël prit conscience du poids électoral des sectes évangéliques sionistes aux États-Unis et commença à financer leur leader, le pasteur Jerry Falwell. En 1978, il fut invité à planter des arbres sur la « Terre promise » et donna son nom à une forêt. En 1979, le gouvernement israélien lui offrit un jet privé pour l’aider dans son ministère religieux. En 1980, le Premier ministre Menahem Begin lui remit solennellement à New York la prestigieuse médaille Zeev Jabotinsky, du nom du penseur d’extrême droite qui fut son mentor.

L’Église catholique romaine a joué un rôle prédominant dans l’établissement de nouvelles relations entre chrétiens et juifs. Le Saint-Siège fit passer le statut du conflit arabo-israélien d’humanitaire à politique en recevant des dirigeants israéliens et palestiniens. Néanmoins, faisant preuve de prudence, le Saint-Siège réaffirme « son engagement solennel de demeurer a l’écart de tous les conflits uniquement temporels, ce principe s’appliquant en particulier aux conflits territoriaux et aux frontières disputées ».

La « Déclaration de Jérusalem sur le sionisme chrétien » a été signée par le patriarche latin catholique, Michel Sabbah, en l’occurrence un Palestinien, ainsi que par des évêques des Églises épiscopalienne, luthérienne évangélique et syrienne orthodoxe de Jérusalem. La plupart des sionistes chrétiens sont des protestants évangéliques, et cette déclaration est le signe d’une conflictualité croissante entre ces obédiences opposées.« Nous rejetons les enseignements du sionisme chrétien, qui facilitent et soutiennent cette politique, en mettant en avant l’exclusivisme racial et la guerre perpétuelle », affirme la déclaration, qui accuse les sionistes chrétiens de porter atteinte aux fragiles espoirs de paix au Moyen-Orient. Les trois principales organisations sionistes chrétiennes de Jérusalem ont répliqué, dans un communiqué, qu’elles étaient inquiètes du « ton alarmiste » de la déclaration, qu’elles ont jugée très éloignée de la « Vérité ».

Aujourd’hui, il est trop tôt pour affirmer que l’objectif du sionisme chrétien est atteint. Cependant, après la guerre au Liban, 68 % des États-uniens déclarent aux sondeurs qu’ils se sentent spontanément proches d’Israël et 63 % que l’administration Bush doit poursuivre ou accroître son soutien militaire à Tsahal, l’armée israélienne.

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