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Jesus Camp

Une future génération en attente du Christ

vendredi 1er février 2008, par Julien Bouchard

Les propos d’enfants provoquent souvent chez les adultes des sourires amusés. Ces réflexions naïves, mais ô combien lucides, nous étonnent et nous amènent à nous questionner sur notre monde. Ce que disent les enfants dans Jesus Camp, un documentaire de Heidi Ewig et Rachel Grady, a plus souvent de quoi nous faire frissonner.

Rachel, 9 ans, rêve quand elle sera grande, d’ouvrir un salon de manucure. Ce métier, selon elle, lui permettra de proclamer la bonne nouvelle à ses clientes au son d’une musique chrétienne relaxante. Levi, 12 ans, prêche déjà le message de Dieu devant des foules suspendues à ses lèvres. Il rêve un jour devenir un grand « preacher ». Victoria, 10 ans, adore danser sur les rythmes heavy metal des groupes rock chrétiens. Elle les préfère de loin aux gros canons de la pop que sont Britney Spears et Lyndsay Lohan. Des chanteuses qui font rêver des milliers de petites filles, mais qui s’attardent un peu trop aux relations gars-filles pour qu’elle s’y intéresse.

« l’influence grandissante de ses membres sur la politique américaine à de quoi faire frémir. »

Ces trois jeunes, comme des centaines d’autres, participent pendant l’été au camp « Kids on Fire » fondé en 2001 par Beckie Fisher, pasteur pour enfants de l’église pentecôtiste. Le camp religieux se tient une fois l’an et s’adresse aux enfants évangélistes de partout à travers les États-Unis. Au cours de leur séjour, les enfants seront mis en garde contre les dangers de Satan qui se trouve partout autour d’eux, même dans Harry Potter. Ils seront également appelés à se prosterner devant une réplique cartonnée grandeur nature du président Bush, ainsi qu’à participer à une manifestation pro-vie. Armés d’un talent de rhétorique indéniable et de matériel didactique savamment conçu, les animateurs du camp poussent les jeunes, les larmes aux yeux, à implorer le Seigneur de les sauver. Un petit garçon ira même jusqu’à s’accuser d’hypocrisie, la gorge serrée, car il a osé mettre en doute l’existence de Dieu.

La monté en flèche des églises évangélistes et l’influence grandissante de ses membres sur la politique américaine à de quoi faire frémir. Cette église, qui compte près du quart de la population américaine, rejette la théorie de l’évolution, ne croit pas au réchauffement climatique, s’oppose à la reconnaissance des homosexuels et milite contre droit à l’avortement. Ce n’est pourtant pas là le propos central dans Jesus Camp. Le film porte davantage sur la transmission de cette idéologie à une jeunesse sans défense qui ne demande qu’à croire ce qui lui est raconté. C’est là une des grandes forces du film. S’il est en effet inquiétant d’apprendre l’influence qu’exerce la droite religieuse sur la politique américaine, il est beaucoup plus éclairant de voir comment cette influence se perpétue dans le temps et se transmet aux générations futures.

Le seul point négatif concernant le film de Ewig et Grady est son semblant d’objectivité. En n’ayant recours à aucun narrateur, le film donne l’impression qu’on laisse au public la liberté de juger par lui-même ce qu’on lui présente. Si cela s’avère souvent vrai et souhaitable, il ne faut pas négliger l’impact que peuvent avoir un bon montage et une musique inquiétante pour amplifier les propos d’un parti. Le film demeure tout de même incontournable pour tous ceux qui se demandent comment les fondamentalistes, de quelque religion ou idéologie qui soit, s’assurent une pérennité.

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