Accueil du site > Contenu > Archives > 2007 > Volume 3 > Le nouveau visage du christianisme > La religion sort du placard

La religion sort du placard

Quand les Chrétiens se divisent sur la question homosexuelle.

vendredi 1er février 2008, par Julien Bouchard

Au Canada, il y a deux grandes organisations chrétiennes divergeant profondément sur la question du mariage entre conjoints du même sexe. L’Église Unie du Canada, de tradition protestante, accepte l’acte alors que l’Église romaine, de tradition catholique, le condamne en tant que grave péché. La Bible est pourtant la même…

L’Église Unie du Canada, deuxième église en importance et principale confession protestante au pays, a adopté depuis les années 60 une série de mesures visant à faciliter la reconnaissance et l’intégration des homosexuels en son sein. Ces mesures ont abouti en 2003 à la célébration des premiers mariages religieux entre conjoints de même sexe. Comment deux religions se fondant sur les mêmes textes sacrés peuvent-elles en venir à des positions si opposées concernant l’homosexualité ?

Deux poids, deux mesures ?

Pour Thierry Delay, pasteur à l’Église Unie Saint-Jean, la condamnation par la Bible de l’homosexualité n’est pas si évidente que nous le laissent croire plusieurs religieux. « On ne peut pas lire ces textes comme s’ils avaient été écrit aujourd’hui, » précise-t-il. « Il y a une différence de cultures, de contextes avec lequel on ne peut pas jouer. On ne peut pas prendre un texte le sortir (de son contexte) et dire voilà ‘C’est la volonté de Dieu’. » Il nous rappelle que plusieurs lois de l’Ancien Testament se révèlent dépassées si on les considère avec nos yeux d’aujourd’hui. Par exemple, on n’accepterait plus de lapider les femmes adultères, et c’est pourtant ce qui est dit dans l’Ancien Testament.

L’Église catholique considère toujours les rapports sexuels entre personnes de même sexe comme un grave péché. Les passages bibliques les plus fréquemment cités pour justifier cette position sont les histoires de Sodome, le Lévitique ou encore les épîtres de Paul. On peut entre autres lire dans la Bible « Tu ne coucheras point avec un autre homme, comme on couche avec une femme ; c’est une abomination  » (Lv 18, 22 et 20,13). Les catholiques se défendent pourtant d’être homophobes, rappelant que ce qui est condamné est l’acte homosexuel et non la personne.

L’Église Unie souligne toutefois le nombre peu élevé de textes bibliques parlant explicitement de l’homosexualité. On en dénombre officiellement cinq qui, mis bout à bout, ne remplissent pas deux pages. « On en déduit donc que l’orientation sexuelle n’était pas une problématique importante pour les auteurs bibliques  », peut-on lire dans le document Mariage unique, Couples divers publié par l’Église Unie. En ce qui a trait au verset du Lévitique précédemment cité, le document rappelle que cette interdiction se retrouve au sein d’une liste d’interdits parmi lesquels on retrouve celles de « porter des vêtements de fibres mélangées, d’accoupler des animaux d’espèces différentes, de se raser le bord de la barbe, d’être tatoué, de manger du crabe, du homard, du jambon et de l’autruche ».

Un long chemin

C’est suite aux découvertes scientifiques dans les domaines de la médecine et de la psychologie, qui ont rayé de leur liste des déviances et des maladies mentales l’homosexualité, que s’est peu à peu posé le débat sur la sexualité dans l’Église Unie. À partir des années 70, les Conseils généraux, composés à parts égales de laïcs et de pasteurs, ont exigé un traitement équitable pour leurs employés, indépendamment de leur orientation sexuelle. Jusque-là, les homosexuels étaient acceptés dans la mesure où ils se faisaient discrets. En 1984, le 34e Conseil général déclare que les membres de l’Église doivent prendre conscience des discriminations dont sont victimes les personnes homosexuelles et prendre des mesures « afin que celles-ci puissent exercer pleinement leurs droits civils et humains dans la société ». En 1988, le Conseil général de l’Église déclare que « toute personne, de quelque orientation sexuelle qu’elle soit […] était accueillie comme membre à part entière de l’Église Unie du Canada » et que tous les membres « pouvaient soumettre leur candidature pour le processus menant au pastorat ordonné »`.

C’est en 2003 que l’Église Unie célèbre ses mariages entre conjoints du même sexe. Contrairement aux catholiques, le mariage n’a pas de valeur sacramentale chez les protestants. Pour Thierry Delay il n’existe pas de définition traditionnelle au mariage, « Le mariage, c’est la bénédiction de Dieu sur un couple et ne sous-entend pas nécessairement la création d’une famille », ce qui n’empêche pas un couple homosexuel de fonder une famille. En effet, pour le pasteur, rien n’indique qu’un couple de personnes de même sexe soit moins habilité qu’un couple traditionnel à élever des enfants.

Ces positions sur le mariage ne font toutefois pas l’unanimité dans toutes les paroisses. « C’est sûr que ce n’est pas évident et que ça n’a jamais été évident pour personne, souligne le pasteur, c’est encore un chemin et l’Église n’a pas voulu imposer à tout le monde sa décision, chacun doit faire son propre chemin et prendre son temps, les laïcs comme les pasteurs. » Si aucune paroisse n’est tenue de célébrer des mariages entre conjoints de même sexe, les pasteurs qui s’y opposent sont toutefois tenus de référer les couples désireux de se marier à des collègues qui célèbrent de tels mariages.

| | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0