Accueil du site > Contenu > Archives > 2007 > Volume 3 > Le nouveau visage du christianisme > Péché capital

Péché capital

Quand l’iconographie s’achète

vendredi 1er février 2008, par Christine Roy

Il faut remonter loin pour témoigner l’importance de la religion dans l’expression artistique. L’homo sapiens, depuis ses débuts, semble avoir une spontanéité orientée vers l’art. Ainsi, durant les premiers temps de l’expression artistique, l’art pictural représentait répétitivement la bible en images pour permettre entre autres aux gens illettrés de pouvoir enrichir leur savoir religieux et persuader les païens à entrer dans la foi. La créativité ne touchait en aucun point le contenu biblique des œuvres - soit les icônes, mais évoluait plutôt en termes de plasticité
- c’est-à-dire les matériaux, le style et autres - pour mieux illustrer le dogme voué à un culte idolâtre. Même son de cloche pour la musique, pratiquement porte-parole des cieux, où chants grégoriens, psaumes et louanges au Sauveur apaisaient sans doute les moeurs. Un art aujourd’hui jugé passif, étroit même, vierge encore de provocations, promouvant les saintes lectures et l’image forcément inventée du Christ.

Présentement, l’évolution des dogmes religieux et l’explosion des moyens artistiques pour s’exprimer permettent non seulement aux artistes de créer un contenu purement original, mais aussi de dévier l’idéologie religieuse pour l’adapter à de nouvelles fins, comme les réclames publicitaires ou les scénarios de films. Contrairement aux années noires du Moyen Âge, la liberté nord américaine et européenne acquise avec le temps permet de jouer dangereusement avec la représentation religieuse présente dans toutes les sphères créatives de notre actualité. Avec un retour controversé du créationnisme dans les écoles et la montée significative du mouvement chrétien au États- Unis, l’impact d’allusions bibliques risquent de susciter des réponses plus agressives venant de la communauté croyante. Non seulement jouons-nous avec la forme de ces allégories, mais on modifie aussi le message véhiculé par un travestissement qui « corrompt » ces références

Outre la musique et le cinéma qui regorgent d’allusions pieuses, on note que la publicité, le médium des plus puissants de communication de masse, a un pouvoir encore plus immédiat vu le large auditoire inconsciemment réceptif : « La publicité use à une vitesse effrénée tout symbole social. Elle prend toutes les modes marginales, elle s’en sert et les jette à la poubelle  », lance Claude Cossette, professeur de publicité à l’Université Laval. L’image iconographique n’est plus en lien avec une vérité théologique, mais sert plutôt d’ornement visuel avec lequel on y colle un contenu fictionnel. « Sans toujours le savoir, les créateurs font jouer des symboles qui ne sont pas anodins, comme la notion de péché […] Manipulés ou manipulateurs, ils sont le reflet de tendances réelles », affirme Jérôme Cottin, théologien protestant et co-auteur de «  Dieu et la Pub ! »

Effectivement, on remarque que plusieurs logotypes et campagnes promotionnelles instrumentalisent l’icône à des fins mercantiles ou en guise d’image de marque. Par exemple, la pomme de la compagnie Apple, fait référence, pour plusieurs, à la pomme d’Adam et Ève dans le cadre du péché originel. Pour United Colors of Benetton, c’est le recyclage du Christ mort sur les genoux de Marie, La Piéta, et un curé embrassant une nonne qui, par leur référence directe et déviée de la religion ont à la fois déterminé le caractère de la marque et fait exploser leurs ventes. Avec le sang et la violence, la religion devient une prédominante source de provocation, car souvent elle se trouve liée avec une allusion plus ou moins subtile au sexe. Jérôme Cottin de rajouter : « Les gens ont une attirance culturelle pour le christianisme, sans forcément s’intéresser au message. Quand on utilise la Cène de Vinci, c’est que ce tableau n’est plus la propriété de l’Église, mais de la culture occidentale ». En ce sens, l’image autrefois dédiée à la croyance pénétrée par le divin se retrouve hors contexte, atteignant son public cible en vue d’instaurer un comportement de consommation et d’identification commerciale. Une sorte de fidélisation, la dîme profitant maintenant plus à l’économie qu’à l’Église. Quelques touches de sacré, et les fidèles se font clients.

« Sans toujours le savoir, les créateurs font jouer des symboles qui ne sont pas anodins, comme la notion de péché […] Manipulés ou manipulateurs, ils sont le reflet de tendances réelles »

L’emprunt religieux, qu’il soit parodique ou non, sur les affiches de films tels que Larry Flint, indélébile à la musique telle que Bad Religion ou simplement d’humour primaire dans les pubs de fromage Philadelphia, n’est pas tant un sacrilège qu’un recul face au rôle changeant de la religion. À travers la violence que le rock ou la pub infligent au texte biblique par exemple, faut-il absolument y voir des attaques assassines contre le christianisme ou cela dénote-t-il d’un respect plus actuel des saints textes ? « Je ne pense pas que la société se rechristianise », dit Jérôme Cottin. « On assiste plutôt à un retour du religieux informel : le New Age, le religieux de bazar. »

| | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0