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Poussières d’étoiles

Éditorial

vendredi 1er février 2008, par Edouard Reinach

Le monde occidental tel qu’on le connaît actuellement est le fruit d’un lourd héritage chrétien. Cet arbre sur lequel le fruit a poussé semble être en pleine crise et le fruit se gâte. La société occidentale semble en crise d’identité. Alors que la religion donnait un sens à la vie et à toute chose, la science qui s’est imposée comme source de réponse absolue avec ses progrès technologiques n’a pas su répondre à nos attentes d’un monde meilleur. Les miracles promis de la science ne se sont pas encore concrétisés. Pire, la guerre et la douleur, véhiculées à outrance par les médias de masse, semblent se faire plus présentes tous les jours. Notre existence sur Terre s’est réduite à une volonté de consommation dépourvue d’un quelconque continuum dans l’humanité. Les Églises traditionnelles sont en déclin, victime d’un cynisme et d’un scepticisme palpable au sein d’une société qui ne croit même plus en elle-même. L’église n’est plus ruine. Dans bien des cœurs, elle est poussière, témoin d’une époque révolue. De nouveaux mouvements religieux sont nées, réactionnaires et plus croyants que le Pape, ils incarnent aujourd’hui un mouvement considéré à bien des égards comme radical, fondamentaliste et conservateur. Ces «  fous de Jésus » (Courrier International : 2004) forme le nouveau mouvement évangélique mondial. Dopés à Dieu, ils ne jurent que par les Saintes Écritures et se réunissent dans des églises modernes dont le taux de participation aux rencontres ferait des jaloux à Rome. Véritable pouvoir politique aux États-Unis, les évangélistes se sont dotés de méthodes de communication de masse et soutiennent activement Bush dans sa guerre en Irak et dans son soutien inconditionnel à Israël. Le marketing a récupéré la symbolique religieuse à son compte en vendant du péché (Kraft : 2003) et en construisant des paradis dorés. La religion n’a jamais été aussi payante. Pourtant, ce départ du religieux de notre société n’est qu’un bénéfice artificiel. Le nombre de divorces est en constante augmentation, le suicide est devenu un véritable problème de société, les jeunes semblent en quête d’identité culturelle et spirituelle. Les adultes québécois ont refoulé une religion, encore très ancrée il y a 50 ans dans les moeurs et la possibilité de parler à nouveau librement de religion sans subir les sarcasmes et pointes ironiques de ses congénères est un phénomène nouveau, tout comme parler de drogue et d’homosexualité l’est. Si la religion n’est peut-être pas essentielle au futur de ce monde, force est de reconnaître et d’accepter que le christianisme est l’une des bases les plus fondamentales de notre histoire et qu’elle est le lien qui nous relie à notre passé et à nos traditions, constituantes de notre identité collective de Québécois, de Canadiens, de Nord-américains, d’Occidentaux et d’Hommes. Et si la science peut nous permettre d’en savoir chaque jour d’avantage sur notre vie sur terre, il n’en reste pas moins qu’elle ne saurait remplir le profond vide qui peut nous envahir à la seule pensée que nous ne sommes peutêtre que des poussières d’étoiles.

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