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Why not ?

Accommodements raisonnables, le débat est relancé

vendredi 1er février 2008, par Audrey Bourget

Thème du mois de janvier chez Radio-Canada, les accommodements raisonnables sont à l’ordre du jour dans les débats de société. Mais qu’entendons-nous par « accommodement raisonnable » ? Et où s’arrêtent-t-ils ?

Le port du kirpan et du voile à l’école. Celui du turban sans casque de sécurité au port de Montréal. Les fenêtres givrées du YMCA du Parc. Le retrait de sapins de Noël. Alors que l’expression « accommodement raisonnable » est sur toutes les lèvres, l’Église Catholique souligne la nécessité d’en arriver à un compromis avec les traditions chrétiennes.

Dans plusieurs journaux et dans un reportage sur l’accommodement raisonnable et la laïcisation à l’émission Le Point, le Cardinal Marc Ouellet prêche l’équilibre : « Ce qui fait la force de notre accueil, c’est qu’on a une identité et que les autres se sentent accueillis dans une société qui se tient debout. » « [L’accommodement raisonnable] » n’est pas un recul, mais un avancement qui permet aux citoyens d’être plus égaux. Chaque citoyen a un droit fondamental à pratiquer sa religion, tant publiquement que privément », dit Jean-Pierre Proulx, ancien président du Groupe de travail sur la place de la religion à l’école, et professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal. Il rappelle toutefois que « l’État doit être gardien du patrimoine culturel et historique, y compris le patrimoine religieux. »

Même son de cloche pour Jean-Guy Vaillancourt, professeur de sociologie des religions à l’Université de Montréal et auteur de Catholicisme et société contemporaine, Sociologie et sociétés, qui se dit pour l’accommodement raisonnable et la sécularisation, mais pas au point de cacher tous les symboles religieux.

Un récent sondage SOM réalisé pour La Presse révèle que près de 60% des Québécois estiment que la société est trop tolérante en ce qui a trait aux accommodements raisonnables. Les controversés résultats d’un autre sondage effectué par Léger-Marketing iraient même jusqu’à prétendre que les Québécois sont racistes. Vaillancourt dit que les accommodations acceptées par les chrétiens du Québec font tout de même preuve d’une certaine ouverture d’esprit. Mais elle semble avoir atteint ses limites : « Les gens en ont soupé de se faire imposer toutes sortes de choses comme le kirpan. Pourquoi si on enlève le crucifix des écoles, il faudrait qu’on réintroduise toutes sortes de symboles religieux ? Ils veulent que la laïcisation s’applique à tout le monde. »

Les événements d’avant Noël comme l’utilisation de l’expression Fête du solstice d’hiver par Patrimoine Canada et le retrait de sapins de Noël, avaient suscité de fortes réactions de mécontentement. « Ça fait prendre conscience aux Québécois d’origine de la distance qu’ils ont prit par rapport au catholicisme. Plusieurs d’entre eux ont accepté progressivement la laïcisation, et souvent vont devenir agressifs face aux demandes des autres religions en se demandant pourquoi d’autres veulent réclamer les choses qu’ils ont laissé tomber », explique Mgr Pierre Gaudette Ph, secrétaire général de l’Assemblée des Évêques du Québec. Le problème ne vient pas de l’accommodement raisonnable, mais de ses dérives, du désir d’accommoder à tout prix. « Accommodement raisonnable au sens juridique et technique du terme, ça ne veut pas dire n’importe quoi. Ça s’applique au sens juridique lorsqu’une norme porte atteinte à un droit de façon discriminatoire, un droit inclus dans la Charte des droits et libertés. On doit faire un acte d’accommodement dans la mesure où il est raisonnable. C’est une obligation juridique », explique Proulx. Il y a aussi l’accommodement au sens commun du terme, qui n‘inclut aucune obligation juridique, comme dans le cas du YMCA du Parc, où le propriétaire a décidé de givrer les vitres parce que les femmes en tenues de sport incommodaient les Juifs hassidiques du quartier. Contrairement au port du kirpan, l’affaire du YMCA n’est pas un accommodement raisonnable. Il n’y a pas eu discrimination. Au lieu de chercher à s’adapter à la société dans les mesures de sa religion, la communauté hassidique a voulu que la société s’adapte à elle.

C’est ce type d’accommodement « déraisonnable », qui peu affecter l’Église catholique, mais également les communautés ethniques qui risquent de voir le racisme à leur égard augmenter. « La menace ne provient pas tant des autres religions que des noncroyants, ceux qui n’ont aucune religion et qui sont très présents et actifs dans la société », dit Mgr Gaudette. En vertu d’une clause dérogatoire, la majorité des écoles donnent encore un cours de religion. Il sera définitivement remplacé en 2008 par le cours d’éthique et culture religieuse. Mgr Gaudette dit que si ce nouveau cours lui semble inadéquat, l’Église pourrait intervenir pour avoir la possibilité de donner un autre type d’enseignement.

« Un accommodement au sens commun du terme, why not ? » dit Proulx, donnant l’exemple d’activités parascolaires. « Mais pas au sens juridique parce qu’il n’y a pas discrimination. »

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