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Carnets de santé

Revue littéraire

samedi 1er mars 2008, par Sophie Ginoux

Plurielles, rampantes et, d’une certaine manière, inéluctables, certaines maladies du siècle, ou du moins l’idée que nous nous en faisons, provoquent aujourd’hui de nombreux débats houleux. Sommes-nous, par exemple, en train d’assister, impuissants, à la perversion d’un système démocratique dont nous étions si fiers hier ? L’américanisme est-il si dangereux que nous le pensons ? Enfin, l’Internet nous conduit-il vraiment à un nouvel esclavagisme, celui de la machine ? Trois essais percutants font le point sur ces questions et nous fournissent des pistes de réflexion, qui nous prouvent que rien n’est totalement noir… ou blanc.

Les goulags de la démocratie

Angela Y. Davis (2006)

Éditions Écosociété

142 pages – Environ 15 $

Avant de s’attacher au thème central de ce livre, il faut rappeler qui est Angela Y. Davis. Légende de la lutte anti-raciste et féministe des années 70, ancienne candidate à la vice-présidence du parti communiste des États-Unis et aujourd’hui professeure universitaire, cette justicière a tour à tour été considérée comme l’emblème d’un espoir populaire et l’ennemie numéro un du gouvernement américain. Les injures, les accusations et même la prison n’ont toutefois jamais réussi à la faire taire, si bien qu’elle se bat toujours en faveur des droits de la personne sous toutes leurs formes. Dans cet essai, bâti sous forme d’entretiens, Angela Y. Davis fustige la perversion de la démocratie, au nom de laquelle on revendique le profilage ethnique, la « carcéralisation », la surveillance des citoyens, la guerre et la torture. Du traitement néo-esclavagiste que l’on réserve aux hommes de couleur, à la coercition sexuelle infligée aux femmes dans les prisons, en passant par la revendication légale de la violence dans des camps comme Guantanamo, chaque exemple d’atteinte aux droits humains est disséqué, argumenté et combattu. Un livre citoyen exemplaire.

American Vertigo

Bernard-Henry Lévy (2006)

Éditions Grasset

504 pages – Environ 40 $

Parfois considéré comme un philosophe de pacotille, plus attaché à sa présence devant les caméras, qu’à un réel contenu, BHL, comme on le surnomme outre-Atlantique, a tout de même le talent de publier des essais conséquents sur des thèmes qui n’intéresseraient, de prime abord, qu’une certaine élite intellectuelle. À preuve cet American Vertigo, pour la réalisation duquel il a décidé de suivre les trace du penseur Tocqueville et d’explorer l’immensité américaine. Après plus de 20 000 km de parcourus en une année, et de nombreuses rencontres à son actif, de celle de Woody Allen, à celle d’un chef indien antisémite ou d’une prostituée du Nevada, l’auteur s’est proposé de relater son expérience dans ce “road book”. Même si sa verve est parfois un peu verbeuse et hermétique, BHL nous propose une nouvelle lecture intelligente et teintée d’humour des principes de république, de patriotisme et de diversité culturelle. Pour voir l’Amérique autrement que par les seuls yeux de l’antiaméricanisme.

La révolte du pronetariat

Joël de Rosnay (2006)

Éditions Fayard,

collection Transversales

252 pages - Environ 30 $ (gratuit sur le net)

L’Internet est-il esclavagiste, ou libérateur  ? Le débat n’est pas d’hier, mais il s’accentue au fur et à mesure que les internautes se font plus nombreux. Joël de Rosnay, ancien chercheur au MIT et personnalité reconnue dans le domaine des nouvelles technologies, défend la deuxième option. Dans cet ouvrage, il nous initie à l’histoire et aux méandres d’une invention qu’il considère aussi révolutionnaire que celles qui ont engendré la société industrielle. Ce nouveau système permet en effet selon lui l’avènement d’un mouvement citoyen libérateur, « le pronetariat », qui consulte ou produit plusieurs sources d’informations
- journaux Internet, blogs, wikis, podcasts et P2P - lui permettant de faire émerger une intelligence et une conscience collectives sans pareil. Un mouvement, on l’imagine, perturbant pour les hautes sphères préexistantes du savoir et des médias, que l’auteur nomme avec un brin d’humour « les infocapitalistes ». Un essai instructif et exaltant !

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