Je suis malade. Je souffre d’un trouble boulimique léger, de dysfonction érectile occasionnelle, d’un trouble généralisé de la gaieté (caractérisé par de l’insouciance et une perte des réalités), d’un comportement obsessionnel compulsif vis-à-vis de l’alcool, d’une crainte panique de l’échec et ce n’est qu’un survol. Le fait que j’aime la bonne bouffe, que je ne bande pas cinq fois de suites, que je sois d’un naturel plutôt optimiste, que j’ai un faible pour le whisky et que je n’aime pas le travail mal fait semble être une maladie diagnostiqué et qui peut être guérie. J’ai développé une techno-dépendance, une dépendance affective pathologique aux femmes et j’ai une tendance sado-masochiste border-line à m’impliquer dans les trucs que je trouve importants. La bonne nouvelle c’est qu’il existe une pilule pour tous ces troubles et que je peux m’en sortir, avec de la volonté et beaucoup d’argent.
Je suis malade. Je sais que mon gouvernement et son voisin du sud ont livré une guerre nucléaire en 1991 en Irak, en 1999 au Kosovo et depuis 2003 en Irak encore. Je sais aussi que ce voisin du sud à vendu plusieurs de ces armes à l’uranium appauvri à l’État d’Israël afin qu’il puisse se défendre en toute légitimité contre des enfants libanais avec des lances pierres et quelques roquettes artisanales. Je sais que ces armes à l’uranium appauvri, d’une manière ou d’une autre, détruisent le matériel génétique des populations résidentes, en plus d’abîmer sérieusement celui de mon voisin, militaire de profession, un type qui est parti faire la guerre pour payer ses études et qui a gagné deux cancers indépendants en primes, « cadeau de l’État-major ». Je sais aussi qu’il n’y a pas de remèdes ou de pilules et que ce sont des dommages qui resteront marqués sur des enfants difformes et dans un sol contaminé pour encore au moins 4,5 millions d’années.
Je suis malade. Je sais que l’enfant de mon voisin militaire, comme tous les enfants, a besoin de se dépenser et de jouer dans tous les sens. Mais vu qu’il souffre d’hyperactivité, les médecins ont pensé qu’il serait plus sage de le laisser devant la télé en le gavant de Ritalin. Je suis malade car il y a un enfant de 7 ans à côté de chez moi à qui l’on a refusé le droit à l’enfance, ce droit inaliénable de courir dans tous les sens et de me réveiller à 7h du matin en faisant une partie de hockey au-dessus de ma chambre.
Je suis malade car durant son dernier séjour à l’hôpital, mon voisin à été contaminé par la bactérie C. difficile. Il semblerait, à ce que l’on m’a dit, qu’à force d’aseptiser tout, on créer des bactéries tellement résistante que l’attaque des anticorps ressemble à la première et dernière charge héroïque des cavaliers polonais contre les chars blindés allemands durant la seconde guerre mondiale. Je suis malade de savoir qu’en continuant à vouloir me guérir, j’augmente mes chances de tomber malade et par le fait même, de tomber encore et encore malade.
Je suis malade, donc je suis.
l’Organe magazine, Montréal