Le Clostridium difficile est une des bactéries qui se retrouve au quatrième rang des causes de décès en Amérique du Nord. L’Organisation Mondiale de la Santé soulignait déjà leur importance en 2002 : « On retrouve les infections nosocomiales à travers le monde entier. Elles sont l’une des principales causes de mortalité et morbidité pour les patients hospitalisés. Ce type d’infection est un fardeau important tant pour les patients que pour la santé publique. »
« Quand la mission première d’une institution se trouve à être corrompue, c’est qu’il y a une grave crise. La mission première d’un hôpital c’est l’hospitalité et la sécurité des gens à qui on donne l’hospitalité. De savoir que les hôpitaux manquent à leur devoir de sécurité, on parle d’une atteinte à l’intégrité même de la mission essentielle d’un hôpital, » dit Dr. Luc Bessette, médecin à la clinique privée MD-Plus.
La résistance bactérienne aux antibiotiques est pointée du doigt, mais, manifestement, ça ne peut être la seule cause, dit Dr. Bessette. « Parmi les phénomènes qui expliquent l’éclosion de tout ça, il y a l’hygiène essentielle qui n’est pas remplie et il y a une promiscuité des patients qui sont mis les uns à côté des autres, sans les mesures de prévention nécessaires. […] À partir du moment où l’on a commencé à développer un intérêt pour ses mesures d’hygiène, les taux d’infections ont diminué. »
D’ailleurs, Hélène Gingras, porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux explique que le taux d’incidence du C. difficile a diminué de 60 pour cent depuis 2004. « Cela démontre que les programmes de préventions et de contrôle des infections qui ont été mis en place dans les établissements ont donné des résultats. Maintenant, les établissements ont la capacité de réagir plus promptement parce qu’ils ont des outils pour le faire. » Le nombre de décès a également diminué entre 2004 et 2006 de 190 à 85.
Gingras rappelle que la même recrudescence saisonnière est vécue chaque année : « Depuis le mois de septembre, ça a commencé à augmenter et on s’attend qu’autour des mois de février mars on soit pas mal à notre plus haut et les taux vont rebaisser jusqu’à l’été. C’est attendu d’année en année. Là, on est à maintenir le plus possible. »
Pour Karl Weiss, microbiologiste-infectiologue à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, la situation n’est vraiment pas satisfaisante : « Si l’on regarde les taux de C.difficile, ils ont diminué d’à peu près 50 pour cent et la situation est nettement mieux qu’au pic de 2004, mais le Clostridium difficile ne représente qu’une partie des infections nosocomiales. Il y a beaucoup d’infections nosocomiales dont on ne connaît pas l’ampleur au Québec parce qu’on ne les mesure même pas. Dire qu’on contrôle les infections nosocomiales, c’est un bien grand mot. »
Sans aller jusqu’à utiliser le mot « réforme », plusieurs médecins et travailleurs du milieu de la santé prônent des changements majeurs dans le fonctionnement du système de santé publique. Dr. Bessette dit bien vouloir d’un monopole, mais pas à n’importe quel prix. Un système de santé public, oui, mais où les administrations sont responsables et nos taxes gérées de façon responsable. Selon lui, la question de l’imputabilité administrative et ministérielle est au cœur du débat. « Comment se fait-il que quelques semaines avant Noël, quelqu’un qui va prendre une consommation abusive qui va l’amener au-delà de la limite d’alcool permise au niveau sanguin, s’il a un accident involontaire et que quelqu’un décède, il va être considéré criminellement responsable. Alors que dans les administrations publiques, certains administrateurs n’ont pas pris les mesures essentielles, des dizaines de morts surnuméraires sont survenues et ça n’a jamais fait la première page du Journal de Montréal. Ça passe comme dans du beurre ! » s’exclame- t-il.
Dr. Weiss confirme qu’il est clair qu’aujourd’hui, les hôpitaux doivent avoir une façon différente de traiter les gens de celle qu’on a vue durant les 15 dernières années, où on a moins de personnel, on a coupé des lits et on à moins d’espace pour les gens plus malades.
Il ajoute : « Aujourd’hui, on note les universités et il y a le classement des écoles secondaires. Un jour, il y aura probablement le classement des hôpitaux et probablement que les infections nosocomiales vont jouer un rôle fondamental là dedans. »
Dr. Weiss pratique à l’hôpital Maisonneuve- Rosemont où les mesures d’hygiène sont serrées : les visiteurs doivent se désinfecter les mains à l’entrée et la sortie (un agent de sécurité les surveille) ; des bannières rappellent les règles élémentaires d’hygiène et des masques d’asepsie ainsi que du désinfectant sont disponibles partout. Il considère cependant que ce n’est pas assez : « Lorsque vous allez dans un hôtel, le plus miteux soit-il, vous avez habituellement votre propre chambre et votre propre salle de bain. Lorsque vous venez à l’hôpital, qui est en théorie la place de l’hygiène par excellence, vous partagez votre salle de bain avec la moitié d’un étage. Si vous n’aviez pas attrapé le microbe, là, c’est certain que vous allez l’attraper. »
Hélène Gingras, les Dr. Bessette et Weiss étant d’accord, rappelle toutefois que les infections nosocomiales ne sont pas entièrement évitables. Il y en aura toujours. L’objectif est de les réduire au plus petit nombre.
« Il y a aussi un travail à faire de la part des visiteurs qui est de respecter les mesures d’hygiène et d’isolement », dit Dr. Weiss.
Au-delà de ces actions immédiates, Dr. Bessette souligne l’importance d’apporter des changements au système de santé : « On ne peut plus se permettre d’être conduit passivement par un réseau qui peut bouffer une partie de notre vie. »
l’Organe magazine, Montréal