Le traitement de l’hyperactivité est très différent outre-Atlantique où l’on considère que le Ritalin est surprescrit.
Les principaux symptômes de l’hyperactivité sont le manque d’attention soutenue, l’incapacité à se concentrer, l’instabilité émotionnelle, l’impulsivité, la difficulté à obéir et quelques signes neurologiques mineurs. Il est très difficile de savoir si un enfant est un « vrai » hyperactif ou s’il est seulement plus agité que la normale. Les résultats d’une enquête menée par Santé Canada en 1999 inquiètent. Il a été démontré que la consommation de méthylphénidate (Ritalin) a augmenté de 500 % entre 1990 et 1997. Un rapport de l’Organisation des Nations Unies confirme la tendance à l’échelle mondiale.
Le Ritalin est actuellement le traitement médicamenteux de référence. C’est un stimulant qui agit sur l’humeur en améliorant l’attention et les performances intellectuelles. Plusieurs études ont démontré son efficacité lorsqu’il est associé à une psychothérapie, mais les effets secondaires sont nombreux. Parmi eux on retrouverait l’insomnie, la nervosité, la perte d’appétit et le ralentissement de la croissance en taille et en poids. Dans un article publié en 2006 dans le New England Journal of Medicine, Steven E. Nissen, professeur de cardiologie et membre d’un comité de sécurité sanitaire de la Food and Drug Administration, rappelle que le médicament, dérivant des amphétamines, cause également des risques pour le cœur. « Même si nous reconnaissons d’importants bénéfices potentiels à ces produits, nous plaidons pour leur usage sélectif et modéré, » écrit-il.
« Les enfants et leurs familles ont droit à une approche pluridimensionnelle des troubles psychopathologiques et psychiatriques, » dit Claude Bursztejn, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. Il dit ne pouvoir exclure l’utilisation de Ritalin, mais que ce dernier doit s’inscrire au sein d’un projet thérapeutique global et cohérent.
Lawrence H. Diller, pédiatre et psychothérapeute, détonne par rapport à ses collègues américains, en favorisant le support des parents et gardant la prescription de Ritalin comme dernier recours. Parlant d’une publicité pour un médicament traitant l’hyperactivité, il dit : « […] ce qui me gêne dans cette publicité c’est qu’elle prend une tâche relativement complexe, faire ses devoirs, et qu’elle la réduit à un seul problème, à savoir le cerveau de l’enfant, problème qui peut être résolu en avalant une pilule. » Il ajoute que cela démontre jusqu’à quel point, dans la tête des autorités scolaires et de l’opinion publique, la mauvaise conduite des enfants est un désordre cérébral qu’il faut soigner à coups de médicaments. »
CHADD (Children and Adults with Attention Deficit/Hyperactivity Disorder), un groupe de pression représentant les gens atteints d’hyperactivité, fait partie de la minorité qui prône l’utilisation plus libre du Ritalin. Le financement de près de 900,000$ qu’elle a reçu de Ciba-Geigy (maintenant Novartis), le fabricant de Ritalin, a été fortement critiqué par la Drug Enforcement Administration. Selon une étude de Pierre Charlebois, professeur titulaire à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, le soutien pédagogique préventif et constant aux enfants hyperactifs donne de meilleurs résultats que la médication. Les enfants hyperactifs qui avaient bénéficié d’un soutien pédagogique et parental durant les trois années de l’étude ont eu de bien meilleurs résultats scolaires que ceux qui n’y ont pas eu droit. Le soutien pédagogique préventif permet aux enfants souffrant d’hyperactivité d’acquérir des habiletés favorisant sa réussite scolaire, ce qui n’est pas le cas avec la médication.
L’hyperactivité, aussi appelée Trouble de déficit d’attention et d’hyperactivité, est habituellement diagnostiquée entre 4 et 6 ans, de 4 à 10 fois plus souvent chez les garçons que chez les filles. Les enfants hyperactifs doivent souvent vivre avec de gros problèmes scolaires comme des rapports difficiles avec l’enseignant, le rejet des camarades et l’échec scolaire. Un traitement et une prise en charge adéquate peuvent leur permettre de poursuivre un parcours scolaire normal. D’ailleurs, les enfants hyperactifs développent fréquemment un potentiel intellectuel élevé et surtout une grande imagination et créativité.
Les gens qui ne sont pas atteints d’hyperactivité ont eux aussi succombé aux vertus « miraculeuses » du Ritalin, comme le confirme le World Youth Report 2003 de l’ONU. Un million d’adultes américains utiliseraient cette molécule pour ses effets psychostimulants. Lorsque sniffé ou injecté, ses effets se rapprochent de ceux de la cocaïne. Les inquiétudes concernant l’abus et le mauvais usage de ce médicament surnommé la « cocaïne des enfants » ne cesseront sûrement pas de si tôt puisque la consommation de Ritalin, légale et illégale, continue sa croissance fulgurante.
l’Organe magazine, Montréal