Accueil du site > Contenu > Archives > 2007 > Volume 3 > Les maladies modernes > Une histoire de politesse

Une histoire de politesse

quand les institutions nous éduquent

samedi 1er mars 2008, par Sébastien Dorélas

Au cours des dernières années, plusieurs sociétés d’État ont entrepris des campagnes incitant leurs clientèles à faire preuve de civisme. Ces campagnes étaient axées sur certains comportements qui semblent à première vue banals, mais qui causent bien des désagréments. L’impolitesse, ou le manque de civisme, semble être une attitude de plus en plus présente dans nos rapports sociaux au quotidien. Indifférence généralisée ou manque d’égard aux biens et lieux publics ? Il semble que ces comportements soient symptomatiques et sujets à contaminer bien des gens.

« Les institutions publiques encourageant et prônant le civisme est un moindre mal puisque de plus en plus, les gens ne reçoivent plus cette éducation à savoir comment on doit se comporter en société »

Pour remédier à ce problème, nos services publics ont voulu encourager des actions concrètes dans les messages publicitaires. La Société de Transport de Montréal (STM) a pris l’initiative de lancer la campagne Mieux voyager ensemble, qui visait à encourager ses usagers à faire preuve de civisme. Marianne Rouet, conseillère corporative aux affaires publiques de la STM, affirme que cette campagne vise des comportements ciblés tant chez les usagers que chez les employés de la STM. « Il est difficile d’évaluer si cela est dû au manque de civisme, cependant il est primordial d’effectuer des rappels de temps en temps », nous déclare t-elle. Même son de cloche pour Helène Panaïoti, directrice des communications de la Grande Bibliothèque. L’institution montréalaise qui a entamé, lors de la fin de l’année 2006 et durant le début de 2007, l’opération Quiétude qui visait à diminuer le niveau de bruit sur les lieux. « Notre objectif lors de l’opération Quiétude fut de rappeler et de sensibiliser les usagers qu’il y a des règles de conduite à la Grande Bibliothèque  », ajoute t-elle.

Au moment d’écrire ces lignes, la Grande Bibliothèque n’a pas pu nous fournir des chiffres précis concernant le coût engendré par cette démarche. Ce genre d’opération est justifiable en fonction du contexte dans lequel ils négocient avec des grands achalandages quotidiens. La principale problématique rencontrée à la STM fut des retards engendrés par les usagers qui retenaient les portes des wagons. Ce comportement, parmi ceux qui sont concernés, demandait une intervention afin de sensibiliser la clientèle aux conséquences d’un tel geste. D’autres actes ayant un moins en grand impact sur le réseau, mais qui causent beaucoup de désagréments ont été visés. Céder son siège, ainsi qu’ôter son sac à dos à bord des véhicules sont des exemples qui ont fait surface lors de cette campagne. Du côté de la Grande Bibliothèque, on y accueille entre 8000 et 10000 visiteurs par jour, ce qui a engendré une situation difficile pour certains usagers qui trouvait l’espace plutôt bruyant.

Interrogée sur le sujet, Carolle Simard, professeur à l’Université du Québec à Montréal et auteure d’un livre sur l’impolitesse, soutient qu’il est clair que l’impolitesse est liée aux faits que les gens ne sont pas éduqués sur les comportements à adopter dans les lieux publics. « De plus en plus de services publics doivent faire face à des comportements agressifs de la part de leur clientèle. Il devient acceptable que ces entreprises établissent des limites afin d’éduquer les citoyens », ajoute t-elle. Ce constat est alarmant et peu reluisant. En somme, les résultats de ces campagnes sont jusqu’à maintenant pour le moins positifs, et les usagers comprennent le message tant à la STM qu’à la Grande Bibliothèque. À la STM, on constate une diminution des portes bloquées et une prochaine campagne sera mise de l’avant pour encourager d’autres initiatives afin d’inciter les usagers au civisme. « Les institutions publiques encourageant et prônant le civisme est un moindre mal puisque de plus en plus, les gens ne reçoivent plus cette éducation à savoir comment on doit se comporter en société », renchérit madame Simard. La Grande Bibliothèque continue par ailleurs son opération en informant ses usagers par le biais d’un code de responsabilités, ainsi que par la distribution de cartons de couleurs indiquant des règles à suivre. « Il est de la responsabilité de tout individu dans cette société de respecter certaines normes de civisme et d’encourager les autres à en faire autant », conclut madame Panaïoti.

| | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0