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La compétition avant la compétition

Regard sur le sport canadien de haut niveau

mardi 1er avril 2008, par Audrey Bourget

« Tout ce que je veux, c’est être le meilleur possible et courir le plus vite possible ». Le sprinteur David Pedneault s’entraîne depuis 11 ans en vue des Jeux Olympiques. Un objectif difficile à atteindre, d’autant plus que les exigences d’Athlétisme Canada mettent des bâtons dans les roues des athlètes.

Un dixième de seconde : c’est la différence entre une médaille d’or, d’argent et de bronze. C’est aussi ce qui différencie l’athlète qui se qualifie pour les Olympiques et celui qui doit passer son tour. Au Canada, plusieurs athlètes doivent rester chez eux, et ce, même s’ils répondent aux exigences internationales. En collaboration avec Sport Canada, Athlétisme Canada établit ses propres exigences, auxquelles les athlètes doivent satisfaire s’ils veulent participer aux compétitions internationales. Les exigences d’Athlétisme Canada pour le 100 mètres varient de plusieurs dixièmes de secondes par rapport aux exigences internationales, dont celles des Olympiques. Pour le 60 mètres, la performance minimum était de 6,70 secondes lors des derniers Championnats du monde d’athlétisme en Espagne, mais le Canada exigeait 6,60 secondes de ses sprinteurs. Nicolas Macrozonaris, champion canadien du 100 mètres, n’a pas pu s’y rendre. Il répondait aux exigences internationales, mais pas aux canadiennes.

L’important, c’est de participer ?

« Certains athlètes ont la chance de leur vie [en participant à des compétitions internationales], mais le Canada leur refuse l’accès », dit Pedneault. « Ça va complètement à l’encontre de l’esprit sportif. » Mathieu Gentès, d’Athlétisme Canada, confirme : « Notre but aux Olympiques c’est de gagner, pas de participer. Nous avons besoin de résultats si on veut plus de financement. » Il explique que les exigences d’Athlétisme Canada permettent seulement aux athlètes qui pourraient se qualifier dans le top 12 de participer aux compétitions internationales. « On voit rarement des athlètes qui ne sont pas dans le top 12 se présenter aux Olympiques et gagner une médaille. Ça arrive, mais c’est très rare. On ne peut pas compter sur des athlètes qui sortent de nulle part pour se prouver aux Olympiques. On veut envoyer des athlètes qui sont prêts. » Il ajoute que les exigences des compétitions internationales sont d’abord des outils de promotion servant à s’assurer un nombre suffisant de participants provenant du plus de pays possible. Pedneault fait toutefois remarquer que l’expérience acquise lors d’une grande compétition peut être très bénéfique pour un athlète, le poussant à se dépasser et lui permettant d’être bien préparé la prochaine fois qu’il devra performer dans un environnement aussi stressant. Il mentionne également qu’un athlète qui se classe par exemple au 15e rang mondial, dans un environnement aussi motivant que les Olympiques, peut offrir une performance surprenante. Athlétisme Canada a un critère nommé « étoile montante » qui reconnaît l’importance de l’expérience que peut gagner un athlète dans une situation semblable, mais il s’adresse seulement à ceux qui n’ont jamais pris part à des compétitions internationales. Loin d’être en guerre contre Athlétisme Canada, Pedneault aimerait cependant voir son fonctionnement changer. « En ce moment ça ne m’affecte pas à un niveau qui crée une grande anxiété, mais ça s’en vient. »

Les répercussions

Le sprinteur de 21 ans essaie de se concentrer seulement sur ses performances, parce que trop se concentrer sur ces détails l’empêcherait de progresser. « Les répercussions sont très grandes pour un athlète. Mettre les standards si haut, c’est détruire la préparation mentale qu’il accomplit durant son entraînement.  » Les Jeux Olympiques et les championnats mondiaux donnent de la visibilité aux athlètes, et c’est cette visibilité qui leur permet de gagner leur vie, explique Daniel St-Hilaire, entraîneur olympique au Club St-Laurent Sélect, dont font partie les trois espoirs québecois du sprint David Pedneault, Nicolas Macrozonaris et Hank Palmer. En effet, les bourses et commandites que reçoivent les athlètes dépendent grandement de cette visibilité.

Mettre les standards si haut, c’est détruire la préparation mentale que l’athlète accomplit durant son entraînement.

St-Hilaire considère que le Canada demande aux athlètes d’atteindre des performances élevées trop rapidement, puisque cela prend de six à huit ans en temps normal. Certains athlètes peuvent être tentés de retourner dans leur pays d’origine, ou d’accepter l’offre d’achat d’autres pays où ils seraient plus appréciés et mieux encadrés. St- Hilaire va même jusqu’à faire un lien direct entre l’utilisation de stéroïdes par certains athlètes et les exigences trop élevées du Canada, disant que l’on pourrait revivre des scandales à la Ben Johnson.

Un manque de soutien

« On se tire dans le pied parce qu’on est l’un des pays membres du G8 avec le moins de support, alors c’est très dur de faire le top 12 quand on n’a aucun support sur le terrain », dit St-Hilaire. « Ça ne me dérangerait pas que les standards soient élevés si on recevait le financement approprié. Sans ce financement, ce n’est pas une bonne idée d’avoir des standards si hauts. » Est-ce donc avant tout une question d’argent ? Oui, répond Gentès. Les exigences d’Athlétisme Canada doivent répondre aux critères du programme de financement Vers l’excellence du Comité Olympique Canadien (COC) et de Sport Canada. Le but du programme est de récolter le plus de médailles possible aux Jeux de 2008 et 2012. Selon le site Web du COC, le plan se concentre sur des mesures immédiates qui assureront une meilleure performance du Canada lors des prochains Jeux d’été. Cependant, rien n’est mentionné pour ce qui est du développement des athlètes à plus long terme. L’accent est mis sur la performance. On demande aux athlètes canadiens de mieux performer, tout de suite. Gentès affirme que les exigences ne changeront certainement pas avant Beijing. Elles pourraient s’assouplir à l’avenir, dépendamment du financement, mais rien n’est moins certain..

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