Un concept, une abstraction, une idée floue : la communauté internationale n’a pu s’entendre sur une définition claire du terrorisme. Dès 1937, la Société des nations, ancêtre de l’Organisation des Nations Unies (ONU), a tenté d’adopter une défi- nition commune pour sa prévention. Toutefois, sans accord entre les États, le processus a rapidement été abandonné. Même chose après des années de débats au sein de l’ONU. Même la Cour pénale internationale a dû exclure le terrorisme de son champ d’expertise faute d’une définition, et ce, bien que la Cour juge et sanctionne un large éventail de crimes, du génocide aux crimes de guerre. Une définition commune s’avère toujours impossible.
« Le mot terrorisme est négatif. Certes, on veut le définir, mais personne ne veut être étiqueté ou accusé de terrorisme tôt ou tard. On préfère les termes de guerriers de la liberté », explique Alex Macleod, directeur du Centre d’études des politiques étrangères et de sécurité (CEPES), initiative conjointe de l’UQAM et de Concordia. Certains voient dans le terrorisme une forme de résistance héroïque, d’autres, une volonté de blocage politique. « Penser que les terroristes cherchent à prendre le pouvoir n’est pas toujours vrai. On parle plus de recherche de la reconnaissance, de la recherche d’un impact », poursuit Macleod.
Si une définition claire du terrorisme était adoptée, une réponse politique ou militaire de la communauté internationale dans la lutte au terrorisme serait plus légitime et mieux articulée autour d’un regroupement de pays ayant les mêmes objectifs. Ainsi, l’adoption d’une définition internationale du terrorisme équivaudrait à définir les groupes terroristes, et donc à légitimer la prévention de cette menace par une action militaire.
L’imprécision qui règne actuellement « est d’ailleurs encouragée par les médias », écrit Johann Soufi, professeur de droit international humanitaire à l’Université Paris XI, dans son mémoire Vers une définition universelle du terrorisme ?. « Leur objectif, qui est de transmettre une information souvent complexe en un minimum de temps, les a conduit à taxer de “terrorisme” une très large gamme d’actions violentes. » La violence, la rapidité, la soudaineté du terrorisme créent des images choquantes. Son côté dramatique, souvent spectaculaire, attire un large public, et les médias ne peuvent faire abstraction de cette fascination.
La méfiance règne
« La sécurité de notre nation et celle de nos collectivités sont étroitement liées à la politique que nous appliquons sur notre territoire et à l’étranger en matière de lutte contre le terrorisme », proclamait Bill Clinton en août 1996, lors de la campagne électorale qui le mènerait à un deuxième mandat. « Nous ne pouvons faire progresser notre société sans aussi encourager le progrès aux quatre coins du monde. Nous ne pouvons atténuer les menaces que fait peser le terrorisme sur notre peuple sans aussi réduire celles qu’il fait peser hors de nos frontières. »
« Réussir à éradiquer le terrorisme par des stratégies militaires est une chose très rare. »
Bien des gouvernements, les États- Unis en tête, ont dû revoir leurs stratégies de sécurité nationale pour contrer la menace terroriste. À la suite des attentats du 11 septembre, l’administration américaine n’a pas hésité à créer son bureau de la Homeland Security, sorte de super agence du renseignement.
Certaines armées, dont celle des États-Unis, s’organisent maintenant autour de cinq objectifs stratégiques : anticipation, intervention, prévention, protection et dissuasion. L’anticipation regroupe la fonction du renseignement. En recueillant eux-mêmes des renseignements, les gouvernements espèrent devenir autonomes, puisque l’ami d’aujourd’hui est peut-être l’ennemi de demain. On ne se limite toutefois pas à espionner son voisin ou à douter de sa collaboration, puisqu’un important dispositif de partage d’information pour la lutte contre le terrorisme a également été mis en branle, particulièrement à la suite de l’échec des services américains du renseignement à prévenir les attentats du 11 septembre.
La prévention se traduit souvent par des interventions militaires comme celles de l’Irak et de l’Afghanistan, ce que certains chercheurs critiquent, avançant que les opérations militaires extérieures devraient être réduites pour laisser davantage de place à la diplomatie et à la négociation. Malgré tout, les obligations internationales d’entraide et de protection des pays vulnérables au terrorisme, les pays du tiers monde étant souvent visés, sont devenues une stratégie de lutte au terrorisme. Mais pour le directeur du CEPES, cette stratégie n’est pas adaptée à la situation. « Les opérations militaires sont limitées », dit-il. « Elles ne touchent qu’une partie superficielle du problème. Réussir à éradiquer le terrorisme par des stratégies militaires est une chose très rare, sauf pour quelques cas, comme la Russie et la Tchétchénie, mais à quel prix ? Les États-Unis ne pouvaient pas ne pas répliquer [aux attentats du 11 septembre]. » En cinq ans, plus de 4 000 soldats ont trouvé la mort en Irak, dont une grande majorité d’Américains. De ce nombre, 40 % ont péri dans des attentats piégés. L’intervention militaire irakienne n’ayant pas pu empêcher la propagation d’attentats terroristes, il semble que cette guérilla ne se gagnera qu’en complétant l’opération par des moyens diplomatiques et politiques.
Sept ans après la chute des tours du World Trade Center, le bilan de la guerre américaine en Irak est très sombre et la guerre contre le terrorisme n’a toujours pas atteint son ultime but, souvent perçu comme inaccessible. L’autre est toujours présent. Le terrorisme, tout comme sa définition, relève de l’interprétation culturelle que tout un chacun en fait. La place de cet autre dans le monde bouscule bien des choses et la fin du terrorisme semble inatteignable. Alex Macleod, quant à lui, est pessimiste : « Jamais, jamais cette guerre ne se terminera. »
l’Organe magazine, Montréal