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La thérapie des ombres

Le nu phographié à des fins thérapeutiques

mardi 1er avril 2008, par Edouard Reinach

À l’heure où les médias ont transformé la femme en objet sexuel aux allures de porte-manteau, plusieurs femmes ont perdu leurs repères vis-à-vis de ces corps parfaits et sensuels qui n’ont plus rien de naturel. Certaines n’osent même plus se regarder dans le miroir tant la réalité semble éloignée de l’image de ce qu’elles devraient être. Patrick Wecksteen, photographe de nu artistique, s’est proposé de tenir ce miroir et de les aider à se voir comme elles devraient toujours le faire.

Le constat d’un regard

Après sa grossesse, le regard de Stéphanie sur elle-même a changé. « Je n’étais désormais plus une jeune fille, mais vraiment une femme et une mère. Mon corps avait changé, beaucoup trop changé et moi je ne me retrouvais plus. » Le regard qu’Isabelle se porte, lui, a changé à la suite d’un divorce à l’approche de la quarantaine, car dans cette période, « la concurrence peut être très rude et on a besoin de se persuader que l’on peut plaire encore, surtout quand on essuie un échec, et après avoir subi des vexations qui touchent notre être et surtout notre féminité. » Delphine, quant à elle, n’a pas eu besoin d’une grossesse pour vivre une dépression, « comme souvent lorsqu’on estime ne pas être reconnue comme un être fait d’humanité, mais au mieux comme une fille aux attraits seulement sexuels. » Des femmes comme Stéphanie, Isabelle ou Delphine, Patrick Wecksteen en a connu des centaines, et la grande majorité vivait avec ces mêmes doutes et questionnements sur leur beauté, leur féminité ou leur pouvoir de séduction.

De l’art à la thérapie

Photographe de formation vivant dans la région parisienne, Patrick Wecksteen a été directeur commercial pendant plusieurs années avant de décider de se consacrer pleinement à sa passion pour la photo au milieu des années 1990. Attiré par le nu artistique, il se découvre, au fil des séances, doué d’un sens du contact particulier avec ses modèles. Il travaille une approche pour les aider à se mettre en confiance. Le talent photographique en prime, bon nombre de ses modèles d’un jour qui n’ont encore jamais posé nues de leur vie repartent en laissant de précieux témoignages sur le bien-être que la séance photo leur a apporté. « En quelques heures, il a su capter cette beauté en moi que je ne voyais pas... Cette lumière, ces courbes, ces émotions... J’ai vécu un moment magique, une grande complicité qui se traduit dans chacune des images... Patrick a su me montrer qu’une mère pouvait aussi être une femme séduisante. Sa patience, son amour des femmes, son talent ont eu raison de mes doutes. Aujourd’hui, je me sens plus belle que jamais et je lui dois beaucoup », explique Stéphanie sur le site Internet de Wecksteen. Isabelle, elle non plus, ne tarit pas d’éloges. « En l’espace de quatre ou cinq heures, il fait naître une femme dont on ignore même l’existence en nous. Il est en quelque sorte le thérapeute, l’accoucheur et le saint-bernard providentiel qui la sauve de la déprime. »

« L’effet thérapeutique est naturel du simple fait que pendant quatre heures, vous devenez le centre d’attention. Quelqu’un s’occupe exclusivement de vous, et vous, vous repartez avec une image revalorisée. »

Et c’est ainsi que Wecksteen découvre un bénéfice, loin d’être marginal, à son art. « J’ai un peu fait de la photo-thérapie sans le savoir. C’est au moment où les témoignages sur les effets produits se sont faits plus nombreux que je me suis dit qu’il serait intéressant de mettre ça [le côté thérapeutique] en avant », explique-t-il. Démarche artistique à la base donc, il n’en reste pas moins que « le côté thérapeutique est un corollaire qui est venu s’ajouter naturellement au processus puisque ce qui m’intéresse le plus, c’est de photographier des modèles amateurs. Donc j’accorde beaucoup d’importance au confort de la personne (…). L’effet thérapeutique est naturel du simple fait que pendant quatre heures, vous devenez le centre d’attention. Quelqu’un s’occupe exclusivement de vous, et vous, vous repartez avec une image revalorisée. »

Révéler la beauté

En 15 ans, Wecksteen a photographié plus de 300 femmes et couples dans l’intimité de son studio. Âgés de 18 à 60 ans, la plupart de ses modèles sont regroupés dans la tranche d’âge des 35- 45 ans. Il constate à ce sujet que « c’est une époque de la vie où de nombreuses femmes, et aussi des hommes, se remettent en question. Parfois à cause d’un évènement comme une séparation ou une grossesse ; parfois simplement parce qu’elles se sentent vieillir. » Et c’est sans compter un monde où l’image des femmes est aussi parfaite que stéréotypée et où la comparaison entre la publicité de magazine et le miroir de la salle de bain est non seulement réductrice, mais surtout injuste pour le commun des femmes.

La photographie entre alors en scène. À l’aide d’un éclairage soigné, d’une technique maîtrisée, d’une grande patience et d’un oeil sensible aux femmes, Wecksteen a su rendre à ces nombreuses femmes l’estime qu’elles méritaient de se porter.

« C’est vrai, on ne vit que par le regard des autres, et quel beau regard que celui d’un photographe qui sait vous mettre en valeur. »

C’est le début de la fin pour la dépression de Delphine. Une révélation. « En voyant le résultat des photos, ce fut un déclic ! (sans jeu de mots) J’avais l’impression de voir quelqu’un qui à la fois était moi, mais que je ne reconnaissais pas. Ou que « je ne connaissais pas », disait le photographe. Au fur et à mesure que je me regardais, je finissais en quelque sorte par m’apprivoiser. Curieusement, l’impression de « bien être » s’amplifiait au fil du temps et des séances photo qui se répétaient. Les gens que je rencontrais commençaient à me faire des compliments. Sans doute m’en faisaient-ils déjà, mais maintenant je les entendais. Mon sentiment de mal-être ou ma déprime permanente disparaissaient peu à peu. Aujourd’hui, je me porte bien mieux, au moins je m’accepte parce que je suis », témoigne Delphine. Et c’est aussi l’acquisition d’une réputation enviable auprès d’un public féminin en quête d’une meilleure image de soi. « Une de mes modèles est venue de Lausanne [Suisse, ndlr] pour poser, certaines reviennent plusieurs fois, pour certaines d’entre elles, les séances ont comme l’effet d’une drogue », explique l’artiste en riant.

Photo-thérapeute ?

Thérapeute, Wecksteen ne prétend pas à ce titre. Pourtant, de nombreuses femmes paieront pour vivre cette expérience de quelques heures dans son studio. « Je demande aux personnes ne désirant pas voir leurs photos publiées une rétribution financière, mais par contre, c’est gratuit si je peux publier ces images ensuite », nous explique-t-il. Un accord mutuellement bénéfique qui est plus proche des ententes que l’on retrouve dans le milieu photographique que dans le milieu psychothérapeutique. Mais après tout, l’important, c’est d’abord le résultat. Et le remède à notre propre dévalorisation, bien souvent, c’est de changer la perception que nous avons de la façon dont les autres nous voient, comme le note très justement Delphine. « C’est vrai, on ne vit que par le regard des autres, et quel beau regard que celui d’un photographe qui sait vous mettre en valeur. ».

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