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Les valeurs américaines, rien d’autre

mardi 1er avril 2008, par Julien Faille-Lefrançois

Les États-Unis d’Amérique cherchent depuis longtemps à s’affirmer en tant que défenseurs de la démocratie et de la liberté, et c’est sur ces valeurs que le pays a bâti son image. Plus d’une fois, ils sont allés très loin pour la défendre.

« Le prix de la liberté est une éternelle vigilance », comme le fait remarquer Michael Heale, professeur émérite à l’Université Lancaster, en Angleterre, et auteur du livre American Anticommunism. C’est avec une vigueur particulière que cette vigilance a ciblé le socialisme, jugé contraire à l’esprit américain depuis la guerre civile, soit bien avant l’arrivée de périodes d’anticommunisme radical, communément appelées périodes de Peur Rouge. Entre patriotisme et phobie, de nombreux obstacles ont bloqué l’accès au socialisme du peuple américain, ce qui est toujours le cas aujourd’hui. « Les idéologies collectivistes », indique Heale, « ont toujours été perçues comme incompatibles avec l’américanisme, avec son identification à l’individualisme ». Le « grand attachement aux institutions américaines » dont Heale fait état était déjà solidement implanté avant l’ère de l’industrialisation où, en réponse à la condition sociale des travailleurs, ont éclos la majeure partie des mouvements socialistes qui ont provoqué dans le pays une réaction démesurée.

Chasse aux sorcières

La Première Guerre Mondiale et les années 1950 ont constitué « des périodes d’anticommunisme national plutôt intenses », comme le dit Heale. Certains faisaient simplement la promotion des valeurs américaines, à la façon du Loyalty Day, fête qui vante les traditions nationales de démocratie et de liberté. Mais d’autres n’ont pas hésité à attiser la peur du peuple envers le socialisme. « Il y avait des démagogues comme McCarthy qui brassaient les choses », explique Heale. Joseph McCarthy, ancien sénateur républicain de l’État du Wisconsin, a mené une croisade contre le communisme où les accusations répétées et rarement fondées rappelaient les chasses aux sorcières de Salem. L’explication de cette réaction démesurée est à chercher dans les fondements de la démocratie américaine. « Les Américains se sont toujours sentis vulnérables. Dès le début, l’expérience remarquable d’un gouvernement républicain, qui repose sur le soutien du bas plutôt que l’autorité du haut, était perçue comme fondamentalement précaire, et donc nécessitait une attention continue vis-à-vis de menaces potentielles. »

Un patriotisme qui flirte avec l’anticommunisme

Parallèlement à la chasse aux ennemis de l’intérieur, les valeurs américaines ont fait l’objet d’une promotion vigoureuse. C’est dans cet objectif, par exemple, que le Loyalty Day, une fête nationale tenue le 1er mai, a été instaurée. « Célébrer le Loyalty Day », affirme Robert Andrew, président de la Loyalty Day Foundation, « c’est manifester notre patriotisme et notre fierté du pays. Nous célébrons notre histoire et la démocratie américaine. C’est l’occasion de partager notre histoire avec le reste du monde. » Si cette fête est fixée en même temps que la révolution russe et la journée internationale des travailleurs, cela n’a rien d’une coïncidence. Judy Andrew, secrétaire de la Loyalty Day Foundation, soutient toutefois que cette fête n’est pas anticommuniste à proprement parler : « Ce que l’on dit, ce n’est pas que [le Loyalty Day] était anticommuniste, c’était plutôt une réponse à la parade russe du May Day [sic]. C’était une démonstration de patriotisme, plutôt qu’une initiative militaire. On y faisait des discours et on y jouait de la musique. Ça tournait beaucoup plus autour du patriotisme que de l’anticommunisme. »

Le patriotisme américain demeure toujours fervent, et les valeurs américaines ne montrent aucun signe d’essoufflement. Robert Andrew organise les événements du Loyalty Day dans la péninsule de Long Beach, « une petite communauté très très patriotique » qui célèbre cette fête depuis 1958. Pendant plusieurs jours, Long Beach devient le lieu de rassemblement des citoyens de part et d’autre de l’État de Washington et de l’Oregon. Parmi ceux qui prennent part aux festivités, on trouve aussi bien des vétérans que de jeunes étudiants. Le flambeau du patriotisme américain, et les traditions qui s’y rattachent, continuent ainsi de s’échanger d’une génération à l’autre.

Un avenir pour le socialisme ?

Les tensions qui ont longtemps persisté entre les États-Unis et l’ex-Union soviétique, et Cuba encore aujourd’hui, ont certainement contribué à nourrir la résistance des Américains à l’égard du socialisme. Les manœuvres militaires excessives et brutales des Soviétiques, qui ont terni l’image du communisme, auront sans doute suffi à porter le coup de grâce à l’idée d’un éventuel socialisme américain. « Il ne restait pas grandchose avec l’arrivée des années 1960, et la “nouvelle gauche” a tenté de se distancer de la “vieille gauche” », avance Heale. « Même le parti démocrate s’est déplacé au centre au fil des ans. Regardez les mauvais résultats de John Edwards, avec son programme pro-travailleurs, dans les récentes primaires américaines – et il est loin d’être socialiste. » Un capitalisme à tendance socialiste ne risque donc pas de trouver sa place aux États-Unis de sitôt.

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