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L’eau à Montréal

samedi 1er mars 2008, par Gabriel Béland

Dans le courant du XIXe siècle, à peu près toutes les rivières de Montréal ont été recouvertes d’asphalte pour répondre aux exigences du développement urbain. Oubliées de tous, certaines vivent encore sous les rues.

Jacques Cartier s’est rendu pour la première fois sur le mont Royal le 2 octobre 1535. Parti de la rivière des Prairies en canot, l’explorateur a emprunté le ruisseau Rambaut jusqu’à la montagne. À l’image de dizaines d’autres cours d’eau maintenant recouverts par des rues, le Rambaut est depuis longtemps oublié. Tout comme la rivière Saint-Martin, naguère située dans l’actuel quartier Saint-Henri, ou encore la rivière Saint-Pierre dans le Vieux-Montréal. « Il y a dans cette ville une ignorance totale du passé hydrographique, déplore l’écrivain et passionné d’histoire, Lamberto Tassinari. Les Montréalais ont pourtant vécu au milieu de ces cours d’eau pendant trois siècles. » Une ignorance d’autant plus inexplicable que les rivières ont joué un rôle important dans le développement de la ville. Avant qu’un système d’aqueduc ne dirige les eaux usées vers le fleuve, les déchets et excréments se retrouvaient tout naturellement dans ces affluents. « La rivière Saint-Martin était bordée de tanneries, rappelle l’historien de L’Autre Montréal, Bernard Vallée. Ils y jetaient des cadavres d’animaux et tout ce que vous pouvez imaginer. Aux beaux jours de l’été, le cours d’eau avait des airs de cloaque infect. » La rivière Saint-Pierre, qui longe le canal Lachine jusqu’au Vieux-Montréal, a aussi reçu sa part de déchets. Bernard Vallée explique que même des enfants y étaient abandonnés. « La Saint-Pierre passait devant l’ancien Hôpital Général, qui recueillait les enfants délaissés. Des orphelins jetés à la rivière dérivaient avant d’échouer sur la grève. » Le quai devant l’institution a d’ailleurs longtemps porté le nom de « Quai des enfants trouvés ».

Rivières enfouies Au tournant du XIXe siècle, l’insalubrité grandissante des cours d’eau a toutefois posé un problème de santé publique inquiétant. Les besoins croissants de transport et les coûts importants liés à la construction de centaines de ponts au-dessus des rivières et ruisseaux ont ainsi joué en faveur de leur élimination. Seuls les petits cours d’eau ont pu être remblayés, comme l’explique Bernard Vallée. « Les rivières avec un gros débit n’ont pu être complètement remplies, car on devait laisser l’eau circuler jusqu’au fleuve. Les ingénieurs de l’époque ont donc décidé de les couvrir d’asphalte, tout en laissant leur lit intact. » C’est le cas des rivières Saint-Pierre et Saint- Martin, toutes deux enfouies vers les années 1830. Le flot impétueux de ces cours d’eau devenus souterrains s’est tout de même acharné à couler dans le fleuve jusqu’au XXe siècle. L’urbanisation de Montréal a toutefois bel et bien eu raison du réseau hydrique. « Tant qu’il y a eu de la terre pour capter l’eau de pluie et la diriger jusqu’aux rivières, elles ont pu continuer à couler, explique Bernard Vallée. Dès que l’asphalte couvre les terrains, par contre, la pluie est directement dirigée vers le réseau d’aqueduc et les cours d’eau s’assèchent lentement. » Seules quelques vieilles rivières enfouies ont encore un débit d’eau aujourd’hui, et seulement au printemps. Une situation que regrette Lamberto Tassinari. « Un patrimoine immense est perdu, déplore-t-il. Plusieurs villes, comme Valencia, Vienne ou Stockholm, ont compris l’importance de l’eau. » L’écrivain aimerait qu’à l’image de ces villes des canaux soient aménagés à Montréal. « L’idée n’est pas de revenir à l’époque de la découverte, précise-t-il. Il s’agit simplement de redonner à l’eau une place dans la vie des Montréalais. »

En collaboration avec le Carrefour international de la Presse universitaire étudiante

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