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L’eau, source de coopération

samedi 1er mars 2008, par Gabriel Béland

Les médias abordent souvent la question du partage transfrontalier des ressources en eau sous un angle alarmiste. Avec 260 systèmes fluviaux transfrontaliers et des prévisions selon lesquelles un tiers de la population mondiale manquera d’eau en 2025, on tient pour acquis qu’une guerre de l’eau généralisée aura lieu avant la fin du siècle. Mais les travaux récents de nombreux chercheurs indiquent exactement le contraire.

Aaron Wolf, professeur de géographie à l’Oregon State University, constate ainsi dans l’avant-propos de son atlas des ententes internationales sur l’eau douce (Atlas of International Freshwater Agreements) que lorsqu’il s’agit de partager l’eau, « les traités, et non les guerre, sont la norme ». Une observation qui s’appuie sur une étude (qu’il a corédigée) sur les systèmes fluviaux à risque1. On y constate que, sur les 1 831 événements liés au partage de l’eau survenus ces 50 dernières années, 67 % étaient de nature coopérative. Et lorsque les rapports étaient conflictuels, l’hostilité se limitait à des menaces verbales dans 80 % des cas. Les exemples de coopération sont parfois frappants, puisqu’on retrouve dans cette catégorie certains des fleuves les plus chaudement disputés de la planète (voir la carte à la page/aux pages X), comme le Jourdain, qu’Israël et la Jordanie n’ont jamais cessé de cogérer en presque 50 ans de guerre, ou l’Indus, sur lequel l’Inde et le Pakistan ont signé un traité malgré leurs incessantes hostilités depuis la partition de 1947.

Pourquoi le partage des eaux incite-til au dialogue ? « Sur le plan stratégique, se battre pour de l’eau est absurde : on n’accroît pas ses réserves en faisant la guerre au voisin, à moins de s’emparer de tout son bassin hydrographique et de le vider de ses habitants, et ce, au risque de terribles représailles », Wolf expliquait-il en 2001 au Courrier de l’UNESCO. Entre d’autres termes, alors qu’on peut conquérir une source pétrolifère parce qu’elle est ponctuelle, pour conquérir un fleuve, il faut s’emparer d’un pays entier. L’assèchement futur de nombreuses régions du monde (la Chine et l’Inde, notamment) en raison des changements climatiques et de la surexploitation des ressources hydriques devrait donc bien accroître les tensions sur le partage de l’eau – ainsi que les frappes et escarmouches ponctuelles – mais non engendrer de grands conflits armés.

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