Soudainement, vous entendez un craquement derrière vous. Un bruit sinistre retentit dans votre tête comme un gong sonnant votre arrêt de mort. Vous vous retournez. Personne. Votre respiration s’accélère, votre cœur s’emballe. Vous marchez plus vite. Ce que vous ressentez, cette montée d’adrénaline, c’est une réaction primale à la peur causée par le film et qui s’installe au plus profond de vous-même. C’est une lutte pour la survie. Une lutte qui se passe dans votre imagination.
« Il y a une réaction automatique et immédiate de stress face à un danger ou une menace, durant lequel on se prépare physiquement et psychologiquement à soit se battre soit s’enfuir », explique l’étudiante au doctorat au Laboratoire de l’anxiété et de la peur de l’Université Concordia, Irina Milosevic. « Notre corps produit des hormones, dont l’adrénaline, qui dilatent les pupilles, accélèrent le rythme cardiaque et la respiration, et produisent plus de sang dans les muscles. »
« Il y a une réaction automatique et immédiate de stress face à un danger ou une menace, durant lequel on se prépare physiquement et psychologiquement à soit se battre soit s’enfuir »
Que l’on parle de Jaws (1975) ou de Psycho (1960), du Massacre à la Tronçonneuse (1974) ou du Silence des Agneaux (1991), les films d’horreur tiennent une place de choix dans la culture populaire et la culture cinématographique.
D’ailleurs, 12 des 100 films ayant récolté le plus d’argent au box-office d’après l’Internet Movie Database, sont des films d’horreur.

« Ce qui caractérise la fin du XXe siècle, c’est la revanche de l’imaginaire. C’est son caractère débridé, sordide, presque dément. La déflagration des médias attise cette surenchère d’horreur, car derrière, il y a l’industrie, si tant est qu’on l’oublie », explique la professeure d’anthropologie à l’UQÀM, Luce Des Aulniers.
Luce des Aulniers est à la tête des études supérieures interdisciplinaires sur la mort, des études qui traitent de la fascination qu’ont les êtres humains envers la mort. La peur, elle connaît et elle explique que les films d’horreur éveillent chez nous quatre peurs bien spécifiques.
D’abord, il y a la peur de mourir aux mains d’une force brute, abominable, immaîtrisable et irréductible. « Dans les films d’horreur, un inconnu survient de manière imprévisible, d’en haut, d’en bas, de partout. Dans un espace qui n’a rien du cocooning », explique-t-elle.
Ensuite, il y a la peur de mourir seul. Dans les films d’horreur, la victime meurt souvent isolée de son groupe, abandonnée, dans le noir ou dans une forêt la nuit, dans un univers sauvage et sans aucun repère.
« Puis, elle meurt victimisée, sans pouvoir accomplir, sans s’accomplir et sans aucun statut de héros civilisateur. Une mort non seulement dans l’impuissance totale, dans l’arbitraire absolu du monstrueux, mais au nom de rien, sauf du hasard ou de son imprudence », poursuit la professeure.Et finalement, il y a la mort « dans une délectation morbide de plus en plus raffinée quant au traitement du corps, ce qui rend compte de notre horreur viscérale, et fondamentale pour le réflexe de survie, de la décrépitude, de la dispersion, du démembrement et de la putréfaction », enchaîne Luce Des Aulniers.

Psychologiquement parlant
Plusieurs théories se lancent la balle quand vient le temps d’expliquer la fascination des films d’horreur. D’après Aristote, une représentation dramatique permettait au public de purger ses émotions négatives dans un procédé qu’il appelle catharsis. Des recherches contemporaines ont prouvé le contraire : une exposition prolongée à des médias violents décuple les actes de violence.
Freud croit plutôt que le genre est populaire car il représente une manifestation de l’inconnu et des pensées refoulées par le Moi freudien. Jung, de son côté, affirme que si l’horreur est populaire, c’est qu’elle est liée à des archétypes et des images enfouies dans l’inconscient collectif.
D’après les recherches de Zillmann et Paulus de 1993, les spectateurs prennent leur pied quand ils pensent que la victime mérite ce qui lui arrive. La violence est ainsi perçue comme positive si le spectateur estime que la victime doit être punie, mais négative si la victime est innocente et angélique.
Le maître de l’horreur sur papier, Stephen King, déclare que les films d’horreur sont des « baromètres pour toutes ces choses troublant les pensées nocturnes d’une société entière ». Les films d’horreur reflètent ainsi les préoccupations de la société qui les produit. On associe alors la Peur rouge des années 1930 à Frankenstein, paru en 1931, ou encore la guerre du Vietnam à une entrée en force de films de zombies tel Night of the Living Dead en 1968.
Quant à Luce Des Aulniers, elle est plus ou moins d’accord avec l’auteur à succès. « À priori, on se rappelle que toutes nos prédilections parlent de nous, à notre insu… ou à notre corps défendant ! Et quand les prédilections concernent des excès, il peut s’agir particulièrement de zones de soi inavouables, qu’elles proviennent des interdits de notre histoire relationnelle ou des interdits sociaux. »
l’Organe magazine, Montréal