La quintessence de la jungle nocturne, c’est le centre-ville de Montréal. Lui qui ne ferme pas l’oeil ne serait-ce qu’une seule fois au cours d’une nuit, se débrouille plutôt bien en matière de crimes. Du moins, si on le compare à la ville de Saint- Jérôme, bonne première quant au taux de crimes enregistrés sur son territoire selon Statistique Canada. Montréal y fait bonne figure. Elle qui a tout un défi avec ses bars, ses clubs et son nombre effarant d’accros du shopping, de vagabonds, de déambulants, de travailleurs sur son territoire. L’agent socio-communautaire Nelson Marshal du poste de quartier 20 couvrant l’ouest et le sud-ouest du centre-ville, indique que près d’un million de personnes entrent et sortent de ce territoire quotidiennement : « Nous faisons face à une majorité de gens qui vient ici pour deux choses : soit s’amuser, soit travailler, soit les deux. »
Les délits rencontrés au cœur de Montréal sont le lot de plusieurs centres villes de la planète. Montréal, avec sa pléthore de festivals, attire une grande proportion de touristes saisonniers. Avec ces touristes viennent souvent les ennuis reliés aux foules. Et ces conditions mènent tout droit vers l’anonymat tant recherché chez les criminels : « L’anonymat donne de l’eau au moulin à des crimes qui restent de façon pratiquement permanente. Par exemple, le vol d’objets dans les automobiles, le vol de sacs à main ou d’ordinateurs dans les cafés », affirme Nelson Marshal. Il précise du même souffle qu’au côté de ces crimes, le traditionnel vol de voiture demeure. Dans quel cas les policiers démantèlent des réseaux, après quoi ils ont la paix pour un temps. Au centreville, de rajouter l’agent Marshal, peu de structure empêche un voleur de voiture la nuit.
« Nous faisons face à une majorité de gens qui vient ici pour deux choses : soit s’amuser, soit travailler, soit les deux. »
Déambuler les trottoirs la nuit contient aussi sa part de risques. Il suffit de se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment : « Ce ne sont pas nécessairement des criminels qui seront impliqués dans des altercations verbales ou physiques. Ils sont en quelque sorte des victimes de cette atmosphère de consommation de drogue et d’alcool », croit Marshal.
Le service de police de Montréal, de concert avec son service de renseignement, déploie ses forces de façon ciblée, au gré des festivals et évènements majeurs.
D’où vient cette incurie nocturne ?
Selon le professeur Elmer H. Johnson de la Southern Illinois University, « la nuit devient un refuge face aux contraintes sociales, aux populations, au harcèlement, à la surveillance, etc. »
Ses études s’appuient sur le district Warmoesstraat de la ville d’Amsterdam où le nightlife s’y vit de façon exacerbée entre drogues et prostitution, toutes deux légalisées. Il ajoute également que c’est l’arrivée des graves crimes reliés au commerce de la drogue qui déstabilise la cohabitation jusque-là tranquille qui existait entre policiers et marginaux. Certains y cherchaient alors refuge afin de se soustraire aux contraintes étouffantes d’une société oppressante. Johnson précise également que les griefs d’Amsterdam pourraient bien être les griefs de n’importe quel centre-ville du monde occidental.
Les facteurs contribuant aux crimes nocturnes du centre-ville se dressent de la façon suivante : « sous-cultures et moeurs de différentes cultures et ethnies, le pessimisme et le cynisme des groupes moins privilégiés de la société, suspicion à l’égard des représentants des forces de l’ordre et la promotion de comportements déviants », poursuit le professeur Johnson.
Les chiffres présentés exigent une prudence quant à leur interprétation. Si le taux de crimes baisse, le taux de « prises » est peut-être aussi en baisse : « Là où la loi est stricte, cela fausse les données puisqu’il y a plus de gens qui sont arrêtés. »
La peur du crime existe depuis la nuit des temps, reflétée à travers les contes et la littérature. La légende du Bonhomme sept heures, selon l’Office de la langue française, provient d’un anglicisme. En effet, si le « Bone-setter » faisait souffrir ses patients-victimes qu’il « remettait sur pied », c’est que le Bonhomme sept heures a effrayé de nombreux enfants québécois récalcitrants au dodo.
(Photo : Albert Zablit | www.albertzablit.com)
l’Organe magazine, Montréal