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Opérations militaires de nuit

samedi 18 avril 2009, par Julien Faille-Lefrançois

L’armée n’y échappe pas. Après la restauration rapide et les chaînes d’information continue, c’est au tour des militaires d’adopter le rythme effréné du 24h/24. Les forces armées sont à la fine pointe de la technologie, mais leur tâche n’en est pas allégée. Au contraire, de jour comme de nuit, les troupes demeurent sur le pied de guerre, le qui-vive.

« À partir des années 1990, c’est devenu avantageux pour les nations industrialisées de mener des opérations de nuit contre des adversaires qui ne possédengt pas le même type d’équipements », explique le diplômé en histoire qui a servi 22 ans au sein des forces canadiennes, Micheal A. Dorosh.

Les opérations de nuit ont gagné en popularité au cours de la Seconde Guerre mondiale, malgré les difficultés rencontrées par les blindés dans l’obscurité. Le défi de l’obscurité a forcé le développement et de technologie qui aideraient les forces armées dans leurs déplacements. Les ondes radio, par exemple, servaient à transmettre des directions et guider les véhicules. Plus spectaculaire encore, l’artillerie antiaérienne était alors utilisée afin de propulser des traceurs indiquant le chemin aux troupes de terre. On s’efforçait même à recréer un éclairage lunaire artificiel par le rebondissement lumineux de projecteurs sur les nuages.

Les forces canadiennes ont été parmi les pionnières sur ce plan. Elles ont monté une offensive nocturne armée majeure pour la première fois de leur histoire en août 1944.

Les technologies plus modernes, comme les équipements de détection nocturne, ont largement été utilisées à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. « Il y avait déjà des essais d’équipements de vision infrarouge en 1945 par l’armée allemande », soutient Michael A. Dorosh.

Les technologies modernes

Les appareils de détection infrarouge permettent à ceux qui les utilisent de repérer la chaleur. La vision infrarouge fait ainsi ressortir les corps humains en détectant leur température corporelle plus élevée que celle de l’environnement. « Plus un corps dégage de la chaleur, plus c’est blanc. Moins il en dégage, plus c’est foncé », explique le capitaine au régiment de Maisonneuve Benjamin Leclerc.

Il y a deux grandes catégories d’équipements de détection nocturne. Outre l’infrarouge, il y a aussi les appareils de multiplication de la luminosité, mieux connus sous l’appellation anglaise google night vision. L’optique de ces appareils récupère et multiplie la lumière ambiante. Avec cet équipement, la lune pourrait servir à éclairer des soldats en plein air.

Les forces canadiennes ont été parmi les pionnières sur ce plan. Elles ont monté une offensive nocturne armée majeure pour la première fois de leur histoire en août 1944.

La vision nocturne peut prendre plusieurs formes. L’infanterie légère des forces canadiennes fournit un monocle appareillé aux casques. Cette technologie a l’avantage de conférer la vision de nuit, tout en gardant une perception tridimensionnelle. Les lunettes d’approche des armes peuvent être équipées de la même technologie. Même dans les véhicules, l’usage de la vision nocturne est chose commune. Ces technologies employées par l’armée canadienne sont à un niveau comparable à celles qu’emploient les autres pays membres de l’OTAN.

Le combat de nuit : plus risqué

Le capitaine Leclerc avertit néanmoins que le combat de nuit n‘est pas sans risque, même contre des ennemis mal équipés. « Il y a des avantages, mais ça vient aussi avec son lot de conséquences  », avoue-t-il avant de souligner que le combat en milieu urbain comporte aussi sa gamme de risques : « c’est plus difficile de différencier alliés et ennemis en milieu urbain. »

Les troupes peuvent outrepasser ces inconvénients en accrochant un bâton de cyalume infrarouge à leur dos. Le cyalum est la substance retrouvée dans les bâtons que l’on craque afin de s’éclairer. Le cyalume infrarouge reste invisible à l’adversaire s’il n’est pas muni de la vision nocturne. Les soldats peuvent ainsi se reconnaître et éviter d’être la cible de tirs alliés.

Il n’est cependant pas rare que l’ennemi soit mieux outillé que prévu. En Afghanistan, les forces canadiennes sont souvent confrontées à des talibans, possédant la technologie et la stratégie afin de repérer les troupes. « Plus ça va, plus les insurgés ont accès à cet équipement », explique le capitaine Leclerc. Certains talibans récupèrent l’équipement sur les lieux de combat. Les appareils de détection nocturne ne sont qu’à un clic, car « on peut se procurer le matériel sur EBay ».

Les forces canadiennes mettent quand même toutes les chances de leur côté afin d’apprivoiser la nuit. Le tissu même des uniformes aide les soldats à se fondre dans l’obscurité. Manufacturé par l’entreprise privée Consoltex, le camouflage canadien est l’aboutissement d’une étude menée pour le compte du gouvernement fédéral. L’étude visait à développer un tissu aux couleurs invisibles la nuit.

Illustration : Christine Roy | www.agentillustrateur.com

« Chaque couleur possède ses zones infrarouges », explique le directeur des achats publics chez Consoltex, Louis- Michel Bélanger. « Dans la partie infrarouge, c’est là que les couleurs ne sont pas visibles à l’oeil nu. »

De nuit, les soldats sont enveloppés dans des tissus aux couleurs techniquement indétectables. Seule la vision infrarouge permet de révéler la couleur des uniformes canadiens.

Si les opérations militaires de nuit s’avèrent avantageuses jusqu’à maintenant, la nouvelle stratégie soulève quand même bon nombre d’inquiétudes. Depuis leurs tous débuts, on craint pour les conséquences qu’auraient les offensives de nuit en cas de conflit majeur entre de grandes puissances. Pour l’instant, et heureusement, la question reste sans réponse. La Seconde Guerre n’en a montré qu’un aperçu, bien loin des technologies poussées d.ont bénéficie l’armée aujourd’hui.

(image principale : Membres d’équipage ravitaillant un A V-22 Osprey avant une mission de nuit en Irak centrale. Photo : Premier Maître Joe Kane , Marines Américaines.)

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