L’annexion de la Crimée symbolise la Russie arrogante, celle de Vladimir Poutine, celle qui gonfle ses muscles afin de toujours étendre sa zone d’influence. Les évènements ayant pu conduire à cette prise de contrôle sont nombreux et d’aucuns ont de théorie à cet égard. L’annexion de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, il y a de cela quatre ans (2008) montrait la façon avec laquelle le pays de Lénine et de Trotski procéderait pour arriver à ses fins en Crimée. La Russie attendit la réaction mondiale à cette opération avec la plus grande attention et constata le peu d’agressivité de la part de l’Occident. Les États-Unis se frayaient un chemin dans la cour arrière russe, flirtant avec l’idée que l’Ukraine et la Géorgie pourraient joindre les rangs de l’OTAN. C’est à ce même été 2008 que les navires de guerre américains firent leur entrée sur la mer Noire alors que la Russie s’embourbait dans le conflit géorgien. Cette séduction de la part des Américains envers l’Ukraine et la Géorgie frisait la provocation aux yeux du Kremlin.
Le bouclier antimissile
C’est sous l’ère Bush que les pourparlers avaient débuté quant à l’établissement du projet de bouclier antimissile américain. La stratégie utilisée par l’Ouest tentait d’identifier l’Iran comme ennemi numéro un. L’Iran d’Ahmadinejad projetait à l’époque d’acquérir l’arme nucléaire. En réaction à ce projet, nombre de spécialistes du Moyen- Orient n’y mordaient pas et imputaient à la paranoïa du « Bushisme », cette peur irraisonnée du pays du Shah. Or, la morsure fut profonde. Trois ans plus tard, au printemps de 2011, l’Iran possédait cette arme tant convoitée. Les États- Unis détenaient alors le prétexte idéal à l’établissement du bouclier antimissile. Du côté américain, l’administration de l’époque souhaitait construire des bases antimissiles en Pologne et en République tchèque, officieusement conquis à la cause du bouclier depuis 2008.
L’annexion de la Crimée symbolise la Russie arrogante, celle de Vladimir Poutine, celle qui gonfle ses muscles afin de toujours étendre sa zone d’influence.
La réaction russe
Les spécialistes de la politique étrangère russe s’entendent à donner à César ce qui appartient à César dans ce dossier. Et ce qui est à Poutine, c’est la constance de son discours. Les Russes ont toujours clamé haut et fort leurs visées impérialistes, surtout en Crimée.
Cette constance n’était pas aussi visible en politique étrangère américaine. À l’été 2009, le président Barack Obama abandonne l’idée du bouclier antimissile, pour mieux revenir sur sa décision en 2011 lorsque l’Iran réussit sa prouesse nucléaire, pourtant prédite à l’échec. Dans ce projet de relance antimissile, la Russie y voit une trahison et un prétexte de plus afin de percer dans la mer Noire, zone d’influence russe fortement attirée par les américains. Percée qu’elle fera en novembre dernier, à la surprise générale.
Le Jour J était arrivé. L’objectif : la Crimée. La stratégie d’attaque russe débuta par une hausse extraordinaire des prix gaziers. L’étape suivante était l’attaque des ambitions occidentales ukrainiennes en laissant entendre que la flotte russe de la mer Noire, stationnée au port de Sébastopol, ville à majorité russophone, ne partirait pas en 2017 tel que promis. La flotte resterait en place afin de protéger la minorité russophone de l’écrasement ukrainien. Les faits ont toutefois prouvé que la langue russe se portait bien en Crimée, contrairement à l’ukrainien, chancelant. Depuis longtemps, des activistes à l’intérieur de la Crimée, menés par Alexander Karavayev, jouaient de coulisses avec le Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie afin d’établir une « cinquième colonne » russe en Crimée. La Russie, en mars de la dernière année, fit connaître ses intentions au monde entier et, du même souffle, fit savoir que la minorité russe de Crimée ne devait pas subir l’irresponsabilité de ses dirigeants ukrainiens. La Crimée regagna alors le droit au gaz, contrairement au reste de l’Ukraine. Kiev accéléra les négociations auprès de l’OTAN et des Américains, voyant son peuple souffrir du froid intense de janvier et son pays plongé dans un état d’urgence incommensurable. Le chaos ukrainien laissa le champ libre au Kremlin d’assurer une paix par la bouche de ses canons. Au printemps 2011, l’armée russe utilisa à nouveau le cyberespace afin de saigner l’Ukraine, comme elle l’avait fait en Estonie en 2008. Moscou coupa également toutes les possibilités de télécommunications sur le territoire ukrainien. En novembre, l’armée de Poutine fit une entrée militaire triomphante en Crimée sous le regard incrédule des pays de l’Ouest.
Un président ayant d’autres chats à fouetter
En Occident, la campagne électorale américaine battait son plein alors que la Russie avançait dangereusement de son objectif. « Je crois qu’aucune autre campagne électorale américaine n’a autant servi la Russie ! » a récemment déclaré un porte-parole du gouvernement russe sous le couvert de l’anonymat. En effet, le charismatique président Barack Obama travaillait d’arrache-pied à sa réélection contre le républicain John McCain, ayant repris du galon, du haut de ses 76 ans et de son soluté constamment à ses côtés, depuis son humiliante défaite de 2008.
C’est sous le couvert du leadership américain qu’une conférence sur la situation russo-ukraine fut dépêché à Saint- Pétersbourg en février où un compromis honorable à ce sempiternel problème de minorités européens pourrait faire l’objet de négociations. Il a été révélé plus tard que les Américains espéraient conclure l’entente suivante : la Crimée contre l’Ukraine et la Géorgie dans la confrérie « Otanienne ».
Boycottage des Jeux olympiques de Sotchi
Pour bien de spécialistes, cette conférence de Saint-Pétersbourg était vouée à l’échec. Les négociations achoppèrent en novembre 2012 après de longs mois de discussions et les États-Unis décidèrent d’occuper l’Ukraine.
Les États-Unis dépêchèrent également des observateurs militaires en Géorgie. Pour leur part, l’Union européenne, les États-Unis et le Canada confirmèrent que ces derniers ne participeraient pas aux Jeux olympiques de Sotchi en 2014. Ce boycottage n’est pas sans rappeler celui des Jeux olympiques de 1980, alors en pleine Guerre froide. Boycottage ou non, la Russie a maintenant le tremplin stratégique rêvé dans sa propre zone d’influence.
l’Organe magazine, Montréal