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Le Canada dans l’OTAN : D’élève modèle à rebelle

samedi 18 avril 2009, par Julien Faille-Lefrançois

Ce fut une année fort tourmentée au Canada sur le plan international. Le débat sur le rôle du pays au sein de l’OTAN a redoublé d’ardeur en 2012, après que le gouvernement de Thomas Mulcair ait multiplié les critiques à l’endroit de la politique étrangère des États-Unis et de l’Union européenne au Moyen-Orient.

La réorientation qu’a prise la politique canadienne depuis l’élection historique du gouvernement néodémocrate en 2011 n’est pas très populaire auprès des autres pays membres de l’OTAN, et encore moins auprès des États-Unis. Le premier ministre Thomas Mulcair s’est attiré les foudres de ces derniers après l’annonce du retrait des troupes canadiennes d’Afghanistan avant la date butoir de décembre 2011. Cette date avait été établie en 2008 par une entente conjointe entre l’opposition libérale et le gouvernement conservateur au pouvoir.

« Le Canada est de plus en plus marginalisé et isolé pour ses prises de position qui viennent en opposition directe avec celles des autres membres de l’OTAN », explique l’experte en relations internationales, Jeanne Tremblay. « Les pays d’Europe ont aussi diminué leurs troupes en Afghanistan depuis l’arrivée de dizaines de milliers de soldats américains, mais pas de façon aussi drastique et cacophonique que le Canada. »

Militants islamistes élus

La mission de l’OTAN a pris un autre coup dur avec le rétablissement d’un régime islamiste en Afghanistan et ce, par voie démocratique. Les élections parlementaires de 2010 ont donné lieu à l’élection de plusieurs militants islamistes aux sympathies bien connues chez les talibans. Les résultats de l’élection ont été rapidement contestés par Washington. L’administration Obama accusait les militants islamistes d’avoir « volé » le vote en « menaçant » l’électorat afghan.

« Les résultats de l’élection n’étaient pas si surprenants. Il n’est pas rare qu’un peuple porte au pouvoir un gouvernement à cause du souvenir des bons vieux jours d’un ancien gouvernement. C’est exactement ce qui s’est passé en Afghanistan », estime Tremblay.

« Les États-Unis sont certainement déçus de voir certains de leurs partenaires de l’OTAN manquer à leur devoir en refusant d’aider les troupes américaines dans l’offensive au Pakistan »

Le fossé s’est approfondi entre Washington et Ottawa au début de l’année. Le Canada a refusé de participer à l’offensive visant les repères talibans en territoire pakistanais. La décision du gouvernement canadien a été décriée par l’administration Obama, comme les propos controversés tenus par le premier ministre Mulcair.

« Des soldats canadiens sont morts en Afghanistan dans une mission impopulaire et vouée à l’échec. Notre pays a eu le bon sens de ne pas répéter la même erreur en Irak. Je tiens à rassurer les Canadiens. Le Canada dira encore ‘non’ à une nouvelle guerre et au massacre inutile de ses jeunes soldats », disait le premier ministre devant la Chambre des communes, quelques heures seulement après l’annonce de l’offensive par les États-Unis à la mi-janvier.

Les États-Unis en mal de Harper

La secrétaire d’État, Hillary Clinton, a sévèrement critiqué les pays membres de l’OTAN qui ont refusé de se joindre à l’armée américaine dans l’offensive au Pakistan. L’opération, lancée par une division spéciale de l’armée américaine, devait au départ être tenue dans le secret par les autorités. Les combats ont cependant éclos au grand jour après qu’une station de télévision ait eu vent du déploiement des forces. L’offensive est rapidement devenue une des priorités avouées de l’OTAN.

« Les États-Unis sont certainement déçus de voir certains de leurs partenaires de l’OTAN manquer à leur devoir en refusant d’aider les troupes américaines dans l’offensive au Pakistan », a avoué Clinton, en réponse aux dirigeants canadiens et européens hésitant à embrasser la nouvelle stratégie américaine. « L’offensive au Pakistan n’est pas le début d’une nouvelle guerre, mais le moyen de mettre un terme à la guerre actuelle en Afghanistan. Le conflit a duré trop longtemps. Il est temps de donner au peuple afghan la stabilité et la paix qu’ils attendent depuis longtemps. »

L’offensive au Pakistan aura finalement respecté les délais préalablement annoncés par Washington. Les forces de l’OTAN s’en sont tenues à des zones isolées. Le gouvernement pakistanais a refusé de donner son feu vert à l’opération, mais n’a pas envoyé de forces armées à la rencontre des alliés de l’OTAN. La situation en Afghanistan s’est rapidement stabilisée et les attaques par les talibans ont diminuées de façon significative des suites de l’offensive.

Une victoire possible en Afghanistan

La politologue estime que la mission ne devrait pas se prolonger au-delà de 2015. La possibilité d’une victoire pour les partenaires de l’OTAN est bien réelle selon la politologue. Elle croit la conjoncture actuelle en Afghanistan beaucoup plus favorable à un succès que celle de l’Irak avant le départ des troupes américaines.

« Les talibans font partie d’une structure organisée. Si on réussit à jeter le réseau à terre, la guerre est gagnée », explique Tremblay. « Ce n’est pas du tout la même situation qu’en Irak où l’armée américaine affrontait alors des ennemis désorganisés qui attaquaient de façon spontanée. »

Les dirigeants des pays-membres de l’OTAN ont presque tous justifié le prolongement de la mission en Afghanistan en annonçant le retour au calme en Irak. La stabilité y est en pente ascendante depuis 2008. Cette année encore, les cas de délinquance ont diminué, et des sondages nationaux ont permis de constater une amélioration de la confiance qu’entretient le peuple irakien envers les institutions démocratiques et les autorités du pays.

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