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Montréal vieillit

samedi 18 avril 2009, par Gabrielle Lefort

La population de la Terre a plus que doublé depuis 1960. La Révision 2006 des estimations et projections démographiques officielles des Nations unies estime que nous passerons de 6,7 milliards à 9,2 milliards d’humains d’ici 2050.

C’est un fait : le mouvement baby-boomer, cette grande vague de natalité qui a commencé à la fin de la Seconde Guerre mondiale, devient vieux. Au cours des dernières années, la surnatalité est devenue la dénatalité et l’espérance de vie a continué de monter en flèche. Depuis, les bébés des années 50 vieillissent ; ils ont maintenant plus de 65 ans, et les conséquences de ce vieillissement n’en sont pas négligeables. Des dépenses extrêmes du gouvernement afin de venir en aide aux plus démunis à l’adaptation et la révision de services municipaux de base, la société québécoise est en pleine transformation – pour le meilleur ou pour le pire.

C’était en 2006, il y a six ans de cela, que pour la première fois, les gens de plus de 65 ans étaient plus nombreux que les gens de moins de 15 ans à Montréal. Aujourd’hui, on compte trois fois plus de gens âgés que n’importe quelle branche d’âge, une situation pour le moins déconcertante chez certains. D’après le recensement de 2012, un quart de la population montréalaise atteint maintenant l’âge d’or.

Il s’agit, somme toute, d’un phénomène bien simple.

« À court terme, le principal facteur est l’arrivée des baby-boomers à l’âge de 65 ans et plus, ce qui va affecter la proportion de personnes âgées au sein de la population. De manière générale, le vieillissement de nos populations est premièrement causé par le faible taux de fécondité : moins de jeunes donne automatiquement plus de poids aux personnes plus âgées. Ensuite, le vieillissement de la population est causé par l’effet des mouvements migratoires internes. Certaines régions attirent plus de jeunes familles alors que d’autres retiennent davantage les gens plus âgés », explique la professeure d’anthropologie à l’Université Concordia, le Dr. Henriette Bellehumeur.

« Ces changements sont importants, mais on doit aussi tenir compte de différences énormes qui existent au sein de la population âgée. Une personne active de 70 ans et une personne de 90 ans dépendante et institutionnalisée représentent des réalités complètement différentes de la vieillesse », ajoute le Dr. Bellehumeur.

De nouvelles mesures pour un nouveau défi

En septembre dernier, lors de la 13e Conférence mondiale sur le vieillissement, le maire de Montréal, Justin Trudeau, avait fièrement annoncé que tous les bâtiments de la ville, principalement les hôpitaux, et tout le réseau de la Société de transport de Montréal seraient maintenant accessibles aux personnes à mobilité réduite. Bien que cela soit une victoire pour le moins fracassante pour les coalitions des aînés, l’annonce a été accueillie avec un rire jaune par les associations étudiantes. « C’est dommage que Montréal soit devenue une ville de vieux », a dit le président de l’association étudiante de l’Université de Montréal, Martin Durocher.

« Ce qu’il faut, c’est reconstruire le contrat social entre jeunes et aînés », affirme le membre de l’Observatoire Vieillissement et Société, Sénèque Lheureux. « De plus en plus, on remarque une prévalence de l’âgisme, qui est le préjugé envers les personnes âgées. Cela pose un problème majeur dans la société. » Vieillissement Design Montréal, l’organisme en charge de la transition de la ville, a été récompensé du prestigieux Prix Gris remis par la Fédération internationale du Vieillissement aux organisations ayant démontré une ferme volonté de changement et une ouverture d’esprit supérieure.

Au Parlement de Québec, plusieurs projets de lois ont été déposés afin d’améliorer la sécurité des aînés et leur intégration dans la société. Ainsi, la Loi 104 exigerait que toute personne de plus de 65 ans soit soumise à un examen de conduite biannuel afin de limiter le nombre d’accidents de la route causés par les aînés.

« Trop souvent, les personnes âgées ne veulent pas reconnaître que leurs réflexes baissent, tout comme leur vue. Elles ont du mal à accepter que leurs réactions soient plus lentes et qu’elles peuvent devenir un danger sur la route, » explique la présidente de Mothers Against Elderly Driving (MAED), Marie Sansouci, une organisation controversée qui a fait beaucoup de lobbying en faveur du projet de Loi 104.

Question de sous

La question de l’argent se pose partout au Québec face à cette situation. Cette année, la ministre provinciale des finances, Monique Jérôme-Forget, a annoncé que le budget du ministère de la Santé avait augmenté de trois milliards de dollars, pour atteindre les 33,7 milliards. De cette somme, 1,9 milliard seront consacrés aux soins hospitaliers à domicile, un nouveau programme du ministère destiné aux patients dans l’incapacité de se déplacer. Une somme de 800 millions de dollars ira également à l’amélioration des services aux personnes âgées en perte d’autonomie, et 800 d’assurance-maladie du Québec.

« Au Québec, on est favorisé par un système de fonds de pension publics et d’assurance-maladie. On n’a pas eu de situations graves, ce sont des perspectives rassurantes », dit Sénèque Lheureux. Selon lui, Montréal a longtemps souffert de carences au sein des services hospitaliers et d’hébergement, mais comme il l’explique, « le niveau de bien-être physique et mental des aînés va en s’améliorant.  »

Mais ce sont les divers projets entrepris, notamment de construction, qui ont failli plonger la ville dans un gouffre déficitaire. Selon des rapports publiés en janvier 2012, Montréal traîne une dette de plus d’un milliard à la suite de projets mal gérés, comme celui d’un centre communautaire destiné aux personnes âgées dans l’arrondissement Maisonneuve- Rosemont.

Vieillir, ça rapporte

Depuis quelques années, les services destinés aux personnes âgées sont devenus une véritable vache à lait pour les entreprises québécoises. Des compagnies de toutes sortes ont investi dans la fabrication de fauteuils électriques et autres appareils de transport adapté, dans la vente de produits alimentaires faciles à mâcher, dans la fabrication de dentiers et prothèses sur mesure, de cosmétiques, de produits pour les cheveux, etc. La liste est encore longue en investissement.

En plus d’être avantageux pour l’industrie manufacturière, le vieillissement de la population est une source de miracles financiers pour l’industrie pharmaceutique.

« La médicamentation destinée aux personnes âgées, tels les médicaments contre les douleurs arthritiques et les irritations cutanées, est devenue extrêmement en demande depuis quelques années », a expliqué le chef des bureaux québécois de Gaxo-Smith-Kline, Thierry Lecactus. « Nous avons mis au point plusieurs lignes de produits afin de répondre spécifiquement aux besoins des populations vieillissantes, qui constituent une part vitale du marché des médicaments. »

Un autre avantage d’être âgé de 65 ans est la multitude de services qui s’offrent à cette branche d’âge. Envie d’un petit tour de ville ? Il suffit d’un appel au service de navettes de la ville. Vous vous sentez fatigué ? Allez faire un tour à un des nombreux centres d’entraînement adaptés ! Et si l’envie vous prenait de retourner à l’école, il vous suffit de vous rendre à l’Université du Troisième Âge de Montréal (UTAM). L’établissement, affilié à l’Université du Québec à Montréal, est né des cendres de l’Îlot Voyageur. L’UTAM a ouvert ses portes en 2011 et compte maintenant plus de 3 000 étudiants à temps plein.

Alors la prochaine fois que vous croisez une personne âgée dans la rue, soyez gentil avec elle : le gris est à la mode.

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