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Aux frais de la princesse

lundi 7 juin 2010, par Gabrielle Lefort

Le pognon, les bidous, le foin, le fric, le flouze, le blé, les ronds qu’on a pas, les radis, l’avoine, les pépètes, la thune, la mitraille. La langue française aime l’argent. En fait, la langue française aime tellement l’argent qu’elle y dédie une foule d’expressions.

Qu’on se roule dedans ou qu’on le flambe, qu’on le jette par les fenêtres ou qu’on le cache dans nos chaussettes, il ne pousse toujours pas dans les arbres. On le gagne à la sueur de notre front mais dès qu’on en a, il fond comme neige au soleil. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, mais on aime bien en mettre dans ses épinards. On le claque, on le croque, on le brasse, on le divertit, on le lave, on le mise. Cet argent, il est comptant, ou content, liquide, monnayé, sale, blanchi, productif, roi, fou, mal employé. Lisez plus vite, car le temps, c’est de l’argent.

Il y a ceux qui comptent leurs petits sous, et ceux qui échangent quatre trente sous pour une piastre. Qu’on le gaspille ou qu’on le grappille, qu’on le fasse travailler ou qu’on le fasse fructifier, qu’il nous brûle les doigts ou qu’il nous coule entre les doigts, l’argent est une bête que l’on chasse à toutes les étapes de notre vie. À cinq ans, on l’utilise pour acheter des caramels, et à 15 ans pour se payer une place au cinéma. On pense salaire, augmentation, bonus, congés payés, et puis, un jour, on commence à penser à notre RÉER et notre régime de rentes. Vraiment, l’argent nous mène par le bout du nez – même s’il n’a pas d’odeur. L’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue. Quinze millions, ça change pas le monde, sauf que…

Sauf que, l’argent amène avec lui un champ lexical de termes plus déprimants les uns que les autres. Quand on y pense, l’argent est une des seules choses qui peut brouiller la logique humaine. Il n’y a qu’à suivre l’actualité pour se rendre compte que l’argent y occupe une place phénoménale : récession, fraudes, meurtres, vols à main armée, crime organisé. L’argent, au lieu de faire disparaître les maux de l’humanité, en crée encore plus : surconsommation, magasinage compulsif, culte du luxe. Notre siècle a inventé le besoin maladif de tout avoir, tout de suite, tout le temps, et c’est les générations à venir qui paieront la facture.

À vos carnets de chèques, alors !

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