Oui, je l’avoue. Je suis un maniaque et un obsédé. Non pas que j’épie mes voisines quand elles sont sous la douche ou que j’attire des enfants dans mon auto à leur sortie de l’école. Non, non. Je souffre plutôt d’une obsession démesurée pour la propreté. Certains qui me connaissent vont probablement rire, mes parents les premiers. C’est vrai, il y a une belle couche de poussière sur mes meubles et mon bureau menace de disparaître sous les piles de vieux journaux, sans compter les boules de poils de chat qui roulent à chaque fois qu’il y a une vibration d’air dans la pièce. Bref, je ne suis pas un accroc du nettoyage ! Mais, de toute façon, ce n’est pas ce que j’entendais par propreté. La propreté, ça peut faire référence à des lieux, bien sûr, mais aussi au langage, à l’éthique, à l’environnement et même à la sexualité.
La propreté, c’est avant tout un art de vivre. Du moins, c’est ma définition. Et croyez-moi, j’y corresponds. Tout ce qu’il vous faut pour être obsédé de la propreté, ce sont les gènes du perfectionnisme et dans les cas les plus extrêmes, ceux du control freak. Je préfère vous prévenir si vous en êtes porteurs. Parce que ces saletés sont bien implantées en vous et finissent tôt ou tard par se manifester, mais, plus souvent qu’autrement, d’une manière que vous n’attendiez pas. Je peux bien me moquer des compulsifs du nettoyage, mais j’ai le potentiel d’en être un. Et, bien heureusement, je ne suis pas le seul dans mon cas.
Beaucoup d’autres, sous une forme ou une autre, partagent avec moi cette obsession de la propreté. Pour ma part, c’est ma relation avec les mots qui est obsessionnelle. Je peux prendre vingt minutes à écrire et réécrire une même phrase. Et je sais qu’après avoir gaspillé un temps fou à soigner, épurer et constamment retravailler cette satanée phrase, je n’en tirerai jamais la satisfaction voulue. C’est là, devant une page blanche ou un clavier d’ordinateur que je réalise ma grave obsession pour trouver les mots justes, pour trou- ver la phrase propre, nettoyée de toutes ses imperfections et de tout son superflu. Pourquoi cette passion pour l’écriture me demanderez-vous ? Il faut croire qu’être obsédé ne me suffit pas et qu’il me faut être un peu maso par-dessus le marché.
Malgré tout, je ne crois pas être trop toqué. J’ai bien quelques manies du genre à ne jamais marcher sur les lignes du trottoir, à me réveiller en pleine nuit pour vérifier que mes portes soient bien verrouillées, à boire quatre tasses de thé par jour en espérant que ça m’épargnera du cancer ou encore à ne jamais manger de soupes ou de sauces crémeuses. Mais qui n’a pas ses petites manies ? Et d’ailleurs, les trucs crémeux, je les trouve douteux, pas vous ? Bon, je ferais sans doute mieux de m’arrêter avant de vous perdre dans mes délires obsessifs-compulsifs.
Ce numéro vous est dédié, chers amis obsédés de la propreté. Et pour ceux qui se disent sains d’esprit, lisez toujours et peut-être que vous pourrez enfin nous comprendre. J’espère que notre travail acharné (voire obsessionnel), ici à l’Organe, puisse vous plaire et vous éclairer sur les dessous de la propreté.
l’Organe magazine, Montréal