Toutefois, si après une explosion, vous tombez sur une foule paniquée, criante et incontrôlable au milieu d’une brigade de nettoyage qui s’affère dans les décombres, il pourrait plutôt s’agir cette fois d’une bombe de type sale.
Pour certains experts, les chances de voir l’un ou l’autre de ces scénarios se concrétiser sont très faibles. Les politiciens occidentaux expriment souvent leurs craintes de voir tomber des armes nucléaires entre les mains de terroristes. Cependant, pour l’expert en prolifération nucléaire, James Devine de l’Université Concordia, ces inquiétudes sont dénuées de fondement.
La bombe propre est très coûteuse. « L’Iran a dépensé des milliards de dollars pour son acquisition. Le montant exact qui a déjà été dépensé n’est pas clair », fait remarquer le professeur Devine. « On ne connaît pas les montants supplémentaires que l’Iran devra encore dépenser afin d’obtenir la bombe. » Les coûts les plus élevés sont rattachés à la recherche et au développement d’une telle technologie. Au contraire de la bombe propre, la bombe sale est relativement accessible. « Construire une bombe sale peut être très abordable », résume James Devine malgré qu’une telle arme « n’a jamais été utilisé parce que les terroristes n’ont pas accès aux matériaux. »
Une bombe sale, c’est une bombe traditionnelle à laquelle y sont ajoutées des substances radioactives. L’inconvénient principal est qu’une telle arme rend la tâche plus ardue lors du nettoyage des lieux touchés par l’explosion.
Arme de distraction massive
Le professeur Devine souligne que les bombes sales sont beaucoup moins puissantes que les propres, ce qui leur vaut d’ailleurs l’appellation moqueuse d’« armes de distraction massive ». Le rayon d’une bombe de ce genre, bien qu’il varie d’une arme à l’autre, « ne serait probablement pas très large et assez peu puissant. » L’impact n’est pas comparable à celui d’une bombe propre. « Ça n’a pas de véritable utilité, sauf celle d’effrayer les gens », soutient James Devine, « ça peut seulement être utile à des terroristes. »
Afin de fabriquer une bombe sale, les terroristes doivent d’abord mettre la main sur des substances radioactives difficiles à trouver. Se les procurer auprès d’un gouvernement relève presque de l’impossible car l’arme peut être retracée à ses sources. Le gouvernement offrant devient alors la cible idéale lors d’une deuxième frappe, car il y a fort à parier que la victime de l’attaque terroriste cherchera à se venger. L’uranium peut être identifié par l’analyse de sa composition chimique. « On peut savoir comment l’uranium a été produit, et donc d’où il provient », explique James Devine.
Puisqu’il leur est impossible d’acheter des substances radioactives, des terroristes pourraient-ils simplement les dérober ? Peu probable, pensent bien des experts. Greg Kennedy, chercheur en physique nucléaire, travaille au réacteur de l’école Polytechnique. Il assure que les isotopes y sont très bien gardés. Le réacteur de Chalk River, situé en Ontario, est l’un des rares endroits au Canada où il y a des isotopes en grande quantité mais, indique l’expert, c’est encore très bien protégé. Les hôpitaux abritent aussi des isotopes, mais ils n’en produisent qu’en faible quantité. Étant donné qu’il est à peu près impossible pour un terroriste d’obtenir des substances radioactives, « les chances pour que le Canada soit attaqué sont assez faibles », conclut Greg Kennedy.
La bombe propre, une arme de dissuasion
Contrairement au mythe populaire, il n’y a que de faibles chances pour que les pays occidentaux soient visés par une bombe nucléaire propre. Les bombes propres sont acquises surtout « pour leur effet de dissuasion », insiste James Devine. Le professeur tient également à démentir un second mythe populaire largement répandu sur les bombes propres. Malgré le sens suggéré par leur nom, ces bombes ne sont pas tout à fait propres sur le plan environnemental. Après leur explosion, « ça prend des années et des années afin de nettoyer la radioactivité émise », dit-il.
« Les bombes sales sont beaucoup moins puissantes que les propres, ce qui leur vaut d’ailleurs l’appellation moqueuse d’« armes de distraction massive ». Ça n’a pas de véritable utilité, sauf celle d’effrayer les gens. »
La crainte justifiée vis-à-vis de ces armes de destruction, selon lui, est leur prolifération, notamment si l’Iran se procurait sa propre bombe. « Ça déclencherait une course aux armes nucléaires dans le Moyen-Orient », poursuit l’expert. James Devine croit que l’Arabie Saoudite et l’Égypte emboîteraient certainement le pas de l’Iran. Pour l’instant, la rumeur voulant que l’Iran développe une telle arme n’est pas basée sur des preuves concrètes, mais seulement sur des indices qui le suggèrent.
À défaut de ne pouvoir empêcher le développement d’armes nucléai- res en Iran et ailleurs, les deux anciens ennemis de la Guerre Froide ont récemment réitéré leur engagement à couper dans leurs propres réserves. Depuis l’arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche, les négociations visant à réduire les accumulations mondiales d’armes nucléaires entre Washington et Moscou ont repris. Les Américains et les Russes comptent remplacer le traité de réduction stratégique des armes (START-1), mis en place en 1991. Ce traité devait expirer au mois de décembre prochain. James Devine demeure pessimiste.
Selon lui, ces négociations n’auront pas d’effets notables sur les quantités déjà accumulées entre ces deux pays. « Il est possible qu’il y ait une réduction des armes nucléaires tant chez les Russes que chez les Américains. Mais aucune réduction significative », précise-t-il. « Les armes dont on se débarrasse sont désuètes de toute façon ».
Malgré tout, Greg Kennedy et James Devine demeurent convaincus : il est inutile de construire un abri nucléaire sous sa maison. Les bombes nucléaires propres, tout comme les bombes sales, ne causent aucune menace directe en sols américain et canadien. Le pire des scénarios est toutefois prévu : une équipe canadienne de nettoyage reste prête à intervenir en tout temps. Selon Kennedy, les Américains s’avèreraient un allié fidèle en cas d’attaque nucléaire sur le sol canadien et le gouvernement de la première puissance mondiale ne manquerait pas de venir prêter main forte à son voisin du Nord.
l’Organe magazine, Montréal