La saison printanière amène son lot de bonnes et de moins bonnes découvertes. Entre les nids de poule, la fièvre des séries éliminatoires du hockey et l’ouverture des terrasses, la question de la propreté de la métropole revient constamment dans les manchettes. À la fonte des neiges, les déchets ensevelis depuis des mois se retrouvent à découvert et parsèment les trottoirs. Pourtant, la ville ne ménage pas ses efforts afin d’améliorer la propreté. Mais comment expliquer le constat général des Montréalais qui considèrent leur ville comme étant malpropre ? La pollution, le trafic et les graffitis sont des réalités imprégnées dans la faune urbaine de la plupart des grandes villes du monde. Montréal n’y échappe pas. Cependant, la ville souffre réellement d’un problème de propreté. Qui est responsable de l’état délabré de la métropole ?
Une promesse respectée
Lors de la campagne électorale 2005, le maire réélu Gérald Tremblay s’est engagé à faire de la propreté un des aspects les plus importants afin de redorer le blason de la métropole. Depuis 2006, la Ville de Montréal a investi des sommes considérables afin de garder les rues de la métropole propres. La Ville a ajouté 10 millions de dollars aux 56 millions déjà accordés à la propreté des lieux publics.
Baptisée Opération Montréal, cette campagne s’inscrit dans le mandat du comité exécutif de se doter d’un programme de propreté. Dans un premier temps, la ville tente de changer le comportement des citoyens. Elle vise ensuite à améliorer la prestation des services pour les collectes des déchets et des matières recyclables. Finalement, elle se dotera d’un code d’inspection et de la réglementation. La ville s’offre le droit d’être un peu plus répressive quant à la propreté des lieux publics.
C’est par le biais d’une brigade de la propreté parcourant les artères principales de la métropole que Montréal cherche à sensibiliser ses citoyens. Cette brigade est composée d’une équipe de 200 employés qui arpentent des secteurs stratégiques, tels que le Quartier latin, le Vieux-Montréal ou la rue Ste-Catherine. Ces fonctionnaires sont très visibles puisqu’ils portent l’uniforme. Soixante-dix étudiants viennent compléter l’équipe de la fin mai à la rentrée des classes.
Le directeur de l’unité de propreté de la ville de Montréal, Yves Girard est en charge du déneigement ainsi que des corvées. Selon lui, la propreté à Montréal concerne tous les citoyens, les commerçants ainsi que les élus municipaux. « La ville a un devoir en terme d’entretien des voies et espaces publics. Mais les citoyens doivent aussi y collaborer », ajoute-t-il. Malgré tous ces efforts et ces sommes considérables investis, il semble que les résultats ont du mal à se faire voir. Que faut-il blâmer pour cela ?
À qui la faute ?
Pour Jean-François Léonard, la réponse est claire. « La faute est aux citoyens qui sont malpropres ! » Ce professeur en sciences politiques à l’UQÀM et spécialiste en politique municipale ne lésine pas ces mots à l’endroit des Montréalais et de l’état de leur ville. Montréalais et fier de l’être, il constate que plusieurs de ses concitoyens laissent ça et là des bouteilles d’eau, des sacs de plastiques provenant des épiceries et autres déchets dans les quatre coins de la ville. Il déplore ces gestes qui nuisent fortement à la propreté de la ville. « Les matériels résiduels ne viennent pas du ciel : Ils sont jetés par terre par des consommateurs de biens et de services, surtout de biens », lance-t-il. Il souligne toutefois que Montréal n’est pas la ville la plus sale du monde.
Montréal VS Québec
La ville de Québec jouit d’une meilleure réputation quant à sa propreté. Selon une étude réalisée par Statistiques Canada en 2008, 17% des citoyens montréalais estiment que les ordures à la traîne, les bâtiments abandonnés, les graffitis ou la détérioration des biens publics représentent un problème dans leur quartier. À Québec, 8% de la population dénoncent ces nuisances. Yves Girard attribue cette différence entre la métropole et la capitale nationale à plusieurs facteurs. D’abord, il constate que Québec est une ville à caractère fortement touristique. De plus, il ne néglige pas l’impact laissé par les célébrations du 400e. Québec a reçu d’importantes sommes afin de se faire une cure de rajeunissement. « À Québec, ça a pris six ans de travail pour parvenir à ce résultat », souligne-t-il. Il reconnaît aussi que Montréal conjugue avec des problèmes plus gros que ceux de Québec : itinérances, densités urbaines, grand évènements et rassemblement et ce, tout au long de l’année. Jean-François Léonard, quant à lui, refuse de comparer Montréal à Québec. « Les villes industrielles, comme Montréal, ont eu une trame urbaine différente et particulière », explique-t-il. La densité des arrondissements tels que Ville-Marie ou le Plateau ne se comparent en rien à celle des arrondissements de Québec.
ABC d’une ville plus propre
Malgré ces constats peu reluisants, la ville met de grands efforts afin de conscientiser les citoyens dans le rôle qu’ils ont à jouer. Plusieurs journées de corvées de nettoyage sont organisées dans les différents arrondissements de la métropole. Certaines se font dans des parcs ou près des berges afin d’y redonner l’accès à la population. Yves Girard confirme le tout : « Après quatre années d’efforts additionnels, on constate qu’à tous les jours, de plus en plus de citoyens sont conscients que la propreté est une responsabilité partagée entre le citoyen et la ville. »
Pour le politicologue Jean-François Léonard, il y a encore beaucoup de travail à faire. Il impute cela à une question d’habitudes culturelles. Il dénonce fortement certains comportements qu’il qualifie de Far-West où certains citoyens prennent les ressources pour acquis et s’amusent à abuser des services. « Il est impossible d’encadrer ou de « policer » ces comportements. Il faut un équilibre. » Pour lui, il est clair que chaque geste compte. Il relate que des actions tangibles doivent être prises par nos élus. C’est notamment le cas de la Ville de Thetford Mines qui, en 2006, a fait approuver un plan de gestion durable de l’eau afin de réduire l’usage abusif lors d’activités non essentielles.
l’Organe magazine, Montréal