Ce prestigieux panel tergiversant sur ces questions était composé d’une brochette d’experts du domaine : le porte-parole et cofondateur d’Équiterre, Steven Guilbeault, l’ancien président du Mouvement Desjardins, Claude Béland, la co-porte-parole du parti Québec Solidaire, Françoise David, le directeur général de l’École nationale de théâtre, Simon Brault, et la présidente de Solidarité rurale, Claire Bolduc. La discussion était coordonnée par l’animatrice Pascale Tremblay, à la barre de La vie en vert, une émission à vocation environnementale diffusée sur les ondes de Télé-Québec. Ces intervenants s’adressaient à une salle bondée, où les derniers arrivés se sont vu refusés l’accès, faute de place.
L’institut du Nouveau Monde fait siens les chevaux de bataille que sont l’environnement, la décentralisation des pouvoirs et la démocratie participative. L’Institut souhaite d’abord véhiculer des idées nouvelles et créatives pour un Québec qui pourrait profiter de la crise actuelle afin de réviser son « sacrosaint » modèle. L’Institut collabore également avec bon nombre d’organismes liés de près ou de loin aux causes environnementales et démocratiques qui lui tiennent à cœur. L’Institut souhaite aussi parcourir le Québec afin d’entendre les gens, connaître leurs opinions et inciter à participer à la vie démocratique collective.
Comme quoi, bien des organismes se tournent vers un avenir vert et vers un Québec propre.
Les solutions à la crise économique ne peuvent être qu’écologiques
De nombreux pays se sont résignés à prendre le virage vert par le truchement de leur plan de relance économique. C’est ce que révèle une étude réalisée pour le compte de la Banque HSBC : « La Corée du Sud a investi 69 % de son plan de relance dans l’économie verte. Ce qui est l’équivalent de 36 milliards », avoue Steven Guilbeault.
Les non-dits et les perceptions sont tenaces sur la question environnementale. Les Occidentaux voient la Chine comme un grand pollueur. Or, ils ont à moitié raison : « La Chine ? Près de 36 % de son plan de relance économique est consacré à l’économie verte », explique l’ancien porte-parole de Greenpeace, affirmant du même souffle que la Chine, avec son milliard de population, est en voie de voler le malheureux titre des États-Unis plus grand pollueur de la planète.
Steven Guilbeault prêche par l’exemple en étant le premier à casser ces préjugés : « La Chine a des standards d’émission polluante quant à ses véhicules plus sévères que ceux de la Californie, qu’on célèbre pourtant comme le modèle exemplaire de l’Amérique du Nord. Elle a adopté en 2006 un objectif d’efficacité énergétique pour l’ensemble de son économie. Ça réduira les émissions de gaz à effet de serre (GES) qui équivalent à deux fois les objectifs du protocole de Kyoto pour le Canada. »
Le Canada se fait petit dans ses souliers avec 6 % de son plan de relance économique consacré à l’économie verte et dont la moitié est acheminée aux compagnies pétrolières et au nucléaire. Comme quoi, le tableau dressé par les intervenants en matière d’environnement trouve peu d’écho chez l’élite politique canadienne.
Afin d’illustrer l’écart entre les émissions de GES des pays riches et ceux des pays pauvres, le porte-étendard de la cause environnementale au Québec utilise un exemple probant : celui d’un groupe de 100 pays, membres de l’ONU, qui représente un total d’un milliard de population et qui n’émet qu’un peu plus de 3 % des gaz à effet de serre de la planète. Un représentant de ces pays, à l’occasion de la conférence sur l’environnement organisée sous l’égide de l’ONU en décembre dernier à Poznan, en Pologne, a déclaré : « Nous sommes un milliard. On n’a peu contribué à ce problème et, vous, vous êtes 36 millions et vous êtes responsables de plus de 2 % des émissions de GES », se souvient Steven Guilbeault, présent à cette conférence. Les pays riches se préoccupent de plus en plus du sort des pays en développement en matière de changements climatiques. Stephen Harper a inclu une enveloppe de 100 millions destinée aux pays les plus affectés par les changements climatiques dans le budget fédéral de 2008. À ce sujet, Guilbeault dit : « Le coût afin d’aider les pays en voie de développement à s’adapter aux changements climatiques se situe autour de 30 à 35 milliards par année. Nous, les pays riches, représentons 25 ou 30 % de la population mondiale et avons causé 80 % du problème climatique. Et ce sont les pays en développement qui vont en souffrir le plus. »
Car, le « plus meilleur » pays du monde ne fait pas exception aux différences de perceptions en ce qui a trait à l’environnement : « Ce qui me fascine au Québec, c’est que la préoccupation environnementale n’est plus un enjeu qui dépend de notre position sur l’échiquier politique. Ce que l’on ne voit pas au Canada anglais. » Expliquant ainsi qu’à gauche comme à droite, la cause environnementale est au cœur des priorités de l’élite politique canadienne. Le panel a emprunté à l’histoire quelques leçons utiles en ces heures graves : « Nous vivons une crise écologique depuis le début de l’ère industrielle. Mais nous en avons pris conscience récemment », affirme Steven Guilbeault. Selon la nouvelle présidente de solidarité rurale, Claire Bolduc, la clé se trouve auprès des communautés alors que pour Claude Béland, il faut changer le système au grand complet et ne pas s’attarder uniquement à la crise de 2008. À défaut de quoi, il y en aura d’autres, promet-il, dans un vif plaidoyer bouleversant les mythes en ces heures propices au changement qu’amène la récession.
l’Organe magazine, Montréal