« Tu ne peux pas forcer quelqu’un à t’écouter ou à croire ce que tu dis » explique-t-il. « Tu mets ce que tu as à dire sur la table, et puis tu vois qui le ramasse. »
Zakhm, auteur du livre Haunted Places, est aussi le maître d’œuvre derrière le site Internet Montreal Paranormal Investigations. Pour celui-ci, l’existence des fantômes ne fait pas de doute.
Le monde est selon lui composé de plusieurs dimensions, et ce qui se produit dans l’une peut avoir des répercussions sur une autre. Ainsi, les esprits relèvent du monde spirituel, mais cela ne les empêche pas de laisser une trace dans le monde physique. C’est ainsi que Zakhm explique qu’un fantôme peut être capturé par des équipements électroniques comme un appareil photo ou une caméra vidéo.
Suivant cette logique, nul besoin d’un sixième sens pour être témoin du paranormal. « Tout le monde y est sensible, jusqu’à un certain point. Tout dépend de ce que la personne fait avec ce dont elle a été témoin. Le jette-t-elle dans la boîte du “mon imagination me joue des tours” ou y accorde-t-elle plus d’importance ? », demande Zakhm. Au bout du compte, « n’importe qui peut voir un fantôme s’il se manifeste physiquement ». Il suffit d’être au bon endroit, au bon moment.
Une autre façon de faire qu’évoque Zakhm consiste à voir les esprits dans leur propre dimension. Cependant, pour développer cette « perception spirituelle », il avertit que cela exige de la préparation et de la méditation, sans lesquelles une personne pourrait développer des problèmes psychologiques.
Le docteur James J. Lumsden a une approche différente vis-à-vis du paranormal. Il est diplômé de l’Université d’Édimbourg, où il a étudié avec l’unité de parapsychologie Koestler. Il est aussi l’auteur du roman The Hidden Whisper, une œuvre de fiction qui cherche à faire découvrir aux lecteurs l’état dans lequel se trouve la parapsychologie moderne, c’est-à-dire la recherche scientifique dans le domaine du paranormal.
D’entrée de jeu, Lumsden dit ne pas aimer les étiquettes de croyants et sceptiques. Il fait remarquer que tous les chercheurs doivent initialement être sceptiques (y compris en parapsychologie), et que la « croyance » est souvent associée à une foi aveugle en l’absence de preuve. Il préfère définir les gens en tant que partisans ou opposants, et se qualifie lui-même de partisan.
Lumsden affirme que la science semble avoir démontré que certains phénomènes paranormaux sont réels et peuvent être reproduits plus d’une fois dans des conditions contrôlées. Il concède que le secret de la télépathie et de la psychokinésie n’est toujours pas percé. Néanmoins, il indique que les résultats statistiques et les preuves scientifiques cumulatives suggèrent que ces phénomènes sont parfois réels.
Qu’en est-il des esprits ? « Il est clair que certaines personnes vivent des expériences qu’elles attribuent à la présence de fantômes, » admet Lumsden. Ce dernier croit cependant qu’il faut vérifier les autres raisons qui ont pu causer l’expérience vécue par ces personnes. Quant aux fantômes, pense Lumsden, « je dirais que les preuves de leur existence sont, au mieux, minces ».
La plupart du temps, les parapsychologues conduisent leurs enquêtes après que se soient déroulées des « manifestations ». Lumsden met donc en garde contre l’utilisation de témoignages en tant qu’éléments de preuve, puisque la crédibilité des témoins peut être aisément remise en question. « Plusieurs choses peuvent avoir un effet : l’honnêteté de la personne et ce qu’elle a à gagner de l’incident, les attentes psychologiques, la fatigue, l’usage de médicaments, les coïncidences et ainsi de suite. »
D’un autre côté, les parapsychologues considèrent aussi les facteurs liés à l’environnement, comme les courants d’air, l’éclairage et les surfaces réfléchissantes. « Les champs électromagnétiques sont aussi particulièrement intéressants depuis qu’on a suggéré que les visions de fantômes pourraient être le résultat de l’influence de ces champs sur l’activité du lobe occipital. » Lumsden fait même remarquer qu’un chercheur nommé Michael Persinger a récemment créé un casque d’ondes électromagnétiques contrôlées et dirigées. La personne qui le porte peut même ressentir le sentiment de « présence » qui accompagne souvent les visions de fantômes.
Cependant, quand les recherches de parapsychologues parviennent à des résultats concluants, le reste de la communauté scientifique invite souvent à la prudence. Certains n’hésitent pas à qualifier la parapsychologie de pseudo-science. « Il y a plusieurs scientifiques qui ne connaissent pas vraiment notre travail, et qui se sentent quand même suffisamment qualifiés pour nous critiquer, » déplore Lumsden.
Comme bon nombre d’hommes de science, Lumsden s’est beaucoup interrogé sur la façon dont le monde fonctionne, et c’est de là qu’est venu son intérêt pour le paranormal. « Si la télépathie et la précognition, par exemple, existaient réellement, ça pourrait avoir des implications sérieuses sur notre compréhension du monde et de l’univers. »
Malgré tout, Lumsden dit trouver le débat intéressant quand il se fait entre des individus informés, ce qui manque parfois autant du côté des opposants au paranormal que du côté de ses partisans. Le parapsychologue soutient que certains opposants ont reconnu les résultats positifs obtenus à la suite d’expériences, « c’est maintenant une question d’interpréter ces résultats ».
Que leur existence ait été prouvée en laboratoire ou pas, cela n’empêche pas certains enquêteurs du paranormal de tenter d’en apprendre davantage sur ces morts qui, au dire de plusieurs, pourraient nous côtoyer. Après plusieurs années d’enquêtes, Zakhm peut se montrer rassurant. Pour ceux d’entre vous qui voyez de mystérieux orbes ou d’étranges lumières apparaître sur vos photographies, ou qui croyez avoir vu une silhouette bouger, un soir, dans l’obscurité, il n’est pas nécessaire de déclencher la sonnerie d’alarme.
Les esprits ne nous veulent pas nécessairement du mal, selon Zakhm. Ce qu’ils veulent avant tout, « c’est savoir ce qui se passe. La plupart ne savent même pas où ils se trouvent. Ils doivent devenir conscients du fait qu’ils ne sont plus dans le monde physique, et passer à autre chose ». C’est comme dans ce monde-ci, insiste Zakhm, « la plupart des gens sont gentils, mais pas tout le monde ».
l’Organe magazine, Montréal