Quand on leur donne le choix entre sortir à Montréal et sortir au Dix30, tous deux n’hésitent pas longtemps avant de faire connaître leur préférence. Ils n’ont pas peur de dire du Dix30 que c’est le nouveau « centre-ville » de la Rive-Sud et une excellente alternative à Montréal. La métropole n’est pas, selon eux, des mieux adaptées pour recevoir les gens de l’extérieur qui veulent la visiter.
Montréal responsable de son impopularité
Avec le Dix30, « t’as la proximité, t’as le stationnement », commence Gosselin. « Ce qui est embêtant beaucoup à Montréal, c’est le stationnement », renchérit Benoît, qui compare la hausse des tarifs à une véritable « prise en otage » des visiteurs. « Ils auront beau dire ce qu’ils voudront, que “ça va encourager les gens à prendre les transports”, mais c’est pas vrai. Les gens sortent de Montréal. »
Le stationnement semble y être pour beaucoup. Le quartier Dix30 offre un stationnement souterrain gratuit de 1 500 places, en plus du stationnement extérieur. Julie Turcot, directrice générale de la salle de spectacle L’Étoile, dans le quartier Dix30, reconnaît que c’est un des avantages majeurs de l’endroit par rapport à Montréal. Le stationnement fait une « grosse différence », dit-elle. Cependant, Turcot croit aussi que la sécurité a beaucoup à voir avec la popularité du Dix30, ce que confirment les deux Claude. « Si tu sors du restaurant à 10 h du soir, et que tu veux faire un tour à pied, tu ne te feras pas attaquer », fait remarquer Gosselin, qui trouve que Montréal est moins sécuritaire.
L’Étoile dans la « grosse ligue »
Est-ce seulement en raison des inconvénients inhérents à Montréal que le Dix30 réussit à performer ? Turcot ne croit pas, du moins en ce qui a trait à la salle de spectacle. « L’Étoile s’est imposée comme une des salles principales au Québec », avance-t-elle en soulignant qu’ils ont un public qui vient d’aussi loin que Laval pour assister à certaines représentations.
Gosselin et Benoît partagent le même sentiment, ils n’éprouvent pas la même admiration pour les autres salles de banlieue. « Pour moi, les autres salles, c’est des salles communautaires », avoue Gosselin. « L’Étoile, ça fait partie de la grosse ligue. »
Il n’est pas le seul à le penser. En 2010, le nombre de représentations devrait s’élever à 280, selon les estimations de Turcot. Il s’en trouve pourtant plusieurs pour critiquer le manque de diversité dans l’offre de spectacles de l’Étoile. La directrice rejette à ce reproche. Elle fait remarquer que l’Étoile a présenté quelques pièces de théâtre, de même que de la chanson. Construite en partenariat avec la Ville de Brossard, la salle est aussi un incontournable de la vie culturelle de la communauté. Une chorale vient d’ailleurs s’y produire. Turcot note que la direction ne mise pas uniquement sur des valeurs sûres, car elle cherche aussi à pousser la relève et à faire découvrir de nouveaux talents.
Elle admet cependant que l’humour occupe une place prépondérante dans la présentation. « C’est certain que l’humour, on en fait beaucoup, explique-t-elle, mais c’est qu’il y a une très, très grande demande de ce côté-là ».
L’ambition brossardoise
Le défi pour l’Étoile reste de diversifier sa clientèle. Pour l’instant, elle se compose en grande partie de retraités, comme Gosselin et Benoît. « Il faut essayer d’aller chercher les jeunes », dit Turcot. « C’est peut-être un peu plus difficile à faire, mais c’est un travail à long terme. C’est un beau projet devant nous à réaliser. » Dès le départ, il était convenu que le quartier Dix30 serait construit en plusieurs étapes. Après trois ans, les projets de construction ne sont toujours pas terminés sur le site du Dix30. L’ouverture d’une résidence pour personnes âgées, d’un immeuble en copropriété, et d’une station-service est prévue dans un avenir rapproché.
Gosselin et Benoît ont tous deux vidé leur tasse de café, et il est plus de 11 h au moment où ils se disent au revoir. Gosselin doit se dépêcher, car il prévoit visiter le Salon de l’habitation à Montréal durant l’après-midi. La métropole ne le rebute pas autant qu’on pourrait le croire. En fait, il y a travaillé de nombreuses années. Selon lui, Mon- tréal devrait quand même songer à réviser son attitude à l’endroit des banlieusards et de leurs voitures tant décriées. En attendant, cette fois, il a prévu le coup : il va y aller assez tôt pour éviter l’heure de pointe. Ce sera déjà ça de gagné.
l’Organe magazine, Montréal