Uchronie(s), une série écrite par Corbeyran et dessinée par Chabbert, Tibery et Defali
Éditions Glénat
Tomes de 56 pages
Il n’est plus nécessaire de présenter Corbeyran. Scénariste multiforme d’exception, il est à l’origine de séries tendres à l’intention des enfants, comme de sagas bien plus sombres. Alors, après nous avoir notamment offert Le chant des Stryges et De cape et de crocs, deux séries dont je vous recommande vivement la lecture, il cosigne depuis 2008 une aventure en trois volets, Uchronie(s), qui est rapidement devenue un classique du genre tant l’approche y est audacieuse et intéressante. En effet, à partir d’un symbole typique de notre société moderne, à savoir la ville de New York, Corbeyran, épaulé par trois dessinateurs talentueux, a transposé trois dimensions différentes : un New York ottoman (New Byzance), un New York contrôlé par une majorité noire (New Harlem) et un troisième New York plus actuel. Ces trois volets, dans lesquels certains personnages se retrouvent sous des jours différents, comprendront chacun trois tomes et fusionneront au sein d’un épilogue commun, ce qui est déjà inusité. Mais il faut vraiment souligner la qualité et la richesse de la réflexion présente dans les tomes déjà publiés de cette saga, car au-delà de faire de la bande dessinée créative, Corbeyran invite les lecteurs à prendre conscience de la société qui les entoure et du destin qui guide leurs pas. Une grande réussite !
Rue des érables, de Michel Albert
Éditions Cornac, janvier 2010
56 pages
Michel Albert a découvert l’univers de la poésie à 18 ans, alors qu’il côtoyait ceux qui ont marqué de manière indélébile le paysage littéraire québécois. Miron, Langevin, Beaulieu, Péloquin, Godin, il les a tous connus et a beaucoup appris à leur contact. Depuis cette date, de nombreux recueils sont nés de sa main. Mais Rue des Érables a ceci de particulier qu’il constitue une anthologie, si bien que tout en nous faisant découvrir le style actuel de l’auteur, il nous permet de revisiter ses anciens écrits. Résolument urbain, Québécois et citoyen du monde, Michel Albert nous convie dans ses poèmes à le suivre dans son quotidien montréalais. Promenades, boulot, observation de la nature et de ceux qui l’entourent, amour, réflexions sur la vie et sur le vivre ensemble dans la société multiculturelle qui est la marque de Montréal, tout est écrit de manière très authentique et accessible, sans chichis et avec pudeur. Certains pourront peut-être traiter quelques textes d’anecdotiques, mais d’autres en apprécieront la simplicité qui permet de récon- cilier les plus récalcitrants avec le genre poétique. Soulignons aussi les très belles photos de Montréal qui ponctuent ce recueil attachant.
Les Bouctouche au café de la Place Royale, de Michel Brûlé et Mathieu Bureau
Éditions Les Intouchables 2009
52 pages
Les Bouctouche sont des personnages aux contours cubistes nés de l’imagination de Mathieu Bureau. Armés d’immenses bras et portant des vêtements criards, ils vivent des aventures bien sagement rangées dans des cases similaires les unes aux autres tout au long de la BD qui les abrite. Cette approche, que l’on rencontre plus souvent dans les journaux sous forme de petits strips, qui permettent de concentrer le message et de pousser la caricature ou le pastiche, n’est pas des plus réussies ici. En effet, les longueurs abondent, essentiellement parce que la caractéristique première de ces personnages est de faire du surplace (ils ne bougent pas de toute la BD du café de la place Royale, à Québec) et de parler beaucoup, mais aussi à tort et à travers. Du récit d’anciennes aventures amoureuses, au rejet de la culture anglophone, en passant par la sauvegarde de la langue maternelle, les sujets se suivent sans homogénéité aucune et sont souvent contestables. Bref, on s’ennuie, on ne rit pas, on déplore les couleurs pastel un peu fades et l’allure généralement caricaturale de l’ensemble... et on se dit que l’on n’achètera sans doute pas les deux autres tomes de cette série.
l’Organe magazine, Montréal